Alliance PTr-MMM : « Il n’y aura ni vote-censure ni abstention élevée… Toutefois, les deux partis doivent mean business”

Interview : Dr Sadasivam Reddi, Historien

“Il ne faut plus attendre d’être dans l’opposition pour le renouvellement
Il nous faut des structures et une nouvelle culture politique et organisationnelle car le monde a change”

Dans le monde, plusieurs pays essaient de se réinventer tant sur le plan politique que sur le plan économique et social pour faire face à diverses agressions externes. Pour certains, cette réinvention passe par des réformes politiques importantes pour s’adapter aussi à des facteurs internes tels que le changement de mentalités et de comportements de la population elle-même. En se plaçant au-dessus des considérations ethniques, que veut l’électorat multiculturel de la République de Maurice aujourd’hui ? Comment les partis politiques conçoivent-ils ces transformations pour satisfaire leur électeurs-électrices en vue d’acquérir des votes? Dr Sadasivam Reddi, historien répond à nos questions.

Mauritius Times : C’est en quelque sorte un nouveau monde qui a vu le jour ces quinze dernières années, et Maurice n’est pas – comme les autres pays de la planète – à l’abri des effets de la mondialisation. Ce nouveau contexte international, au sein duquel l’information et les capitaux circulent plus rapidement et plus facilement que jamais, exige probablement une nouvelle approche, un programme différent…

Dr Sadasivam Reddi : C’est vrai. Durant ces 15 dernières années, sans aucun doute, Maurice est entrée dans l’ère de la mondialisation et il faut reconnaître que tout un programme économique existe déjà pour répondre à plusieurs nouveaux défis. Je pense à toutes les mesures budgétaires qui ont été présentées depuis un certain temps. Prenons un exemple : le budget 2008.

Ce budget proposait des mesures pour l’auto-suffisance alimentaire, un digital highway, un master plan pour le port et l’aéroport, le Harbour Bridge, le MID, une nouvelle ville à Highlands, entre autres. Il y a aussi dans d’autres budgets beaucoup de mesures qui répondent aux défis du moment. Très souvent, année après année, les problèmes sont les mêmes.

Par conséquent, il ne faut pas s’attendre à une orientation très nouvelle dans les différents programmes des partis politiques parce que la réforme est déjà en marche. Beaucoup de projets ont déjà été réalisés. Certains ont été abandonnés et d’autres sont en cours de réalisation.

Ce qu’on attend de tout nouveau gouvernement, c’est l’implémentation effective des projets et le fait de réussir les réformes préconisées. Le plus grand défi de nos gouvernements est de rassembler les ressources matérielles et humaines pour réaliser les divers projets à la satisfaction de la population en priorité – la création d’emplois — et aussi le fait d’accélérer la mise en œuvre de nouveaux piliers de l’économie.

Quant aux propositions sociales, les défis tels que la population vieillissante ou la pauvreté sont connus de tous. Dans ce cas, les Mauriciens attendent que des mesures appropriées soient prises rapidement et efficacement pour relever ces défis, nouveaux ou anciens.

* La conceptualisation d’un programme différent  ne semble pas être le souci principal des partis politiques, à voir ce que les deux blocs en présence sur la scène politique ont mis sur la table en termes de propositions. Celles-ci ressemblent beaucoup à du ressassé, et on va se retrouver avec un énième jeu de chaises musicales. Qu’en pensez-vous?

Vous avez raison quand vous parlez d’un jeu de chaises musicales. C’est notre système, le modèle westminsterien, qui est ainsi. On change de place à l’Assemblée nationale quand on change de fonction. Et il y a un gouvernement et une opposition qui s’attendent à être à l’Assemblée nationale dans un proche avenir. C’est l’électorat, par le biais du vote des électeurs, qui décidera de la fonction de chacun.

Mais le changement de personnes et de places est moins important que les mesures à prendre pour répondre aux défis confrontant notre société.

Pour l’économie et le social, nous avons à faire de très grands efforts au niveau de la créativité, de l’imagination, de l’implémentation et du monitoring pour réussir dans nos objectifs.

Il faut aussi savoir qu’à Maurice l’approche est de ne pas tout chambouler quand il s’agit de réformes politiques. Nous avons toujours été réformistes et pratiques et nous avons toujours procédé par étapes selon une tradition bien britannique et empirique. D’ailleurs, il y a eu plus d’une centaine d’amendements à notre Constitution depuis l’indépendance, et les réformes proposées suivront la même approche. Je ne pense pas, par exemple, qu’il faille revoir la Constitution de fond en comble comme certains le préconisent.

* Vous avez déjà affirmé que nous traversons une période de transition et la classe politique, dans sa grande majorité, du moins les décideurs à la tête des formations politiques actuellement, ne sont que des « transition politicians » qui n’ont probablement pas les solutions pour les défis de ce nouveau monde. Maintenez-vous ces propos ?

Nous sommes à la fin de notre cycle électoral qui dure environ 30 à 40 ans au plus. Les politiciens de 1940 ont pris le chemin de sortie entre les années 1970 et 1980, ceux de 1970-80 l’ont fait de 2000 à 2010.

Seuls les leaders ont survécu un peu plus longtemps à l’instar de SSR, Gaëtan Duval, Anerood Jugnauth, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam.

C’est dans cette perspective que les leaders tels que Ramgoolam et Bérenger sont appelés à présider cette période de transition politique pour mettre en chantier une nouvelle République de Maurice. Cette transition avec le concours de ces deux leaders est tres importante, voire indispensable, pour la stabilité politique, ce qui est la condition sine qua non de notre développement à cette période cruciale de notre Histoire.

Dans ce sens, les deux leaders ont une très grande et lourde responsabilité pour faire réussir cette alliance. C’est d’ailleurs l’espoir de tous ceux qui voudraient voir émerger une nouvelle République de Maurice.

Ce ne sont pas les solutions qui manquent. Les leaders ont des solutions mais le plus important, surtout, c’est de mobiliser toutes nos ressources pour veiller à leur implémentation, dans un premier temps. Et, en politique, il s’agit aussi de préparer la relève avant le transfert inévitable du pouvoir dans de nouvelles mains en 2015 ou 2020.

* Est-ce aussi le cas dans le monde des affaires, dans le domaine social et religieux ?

Ce changement de cycle, qui est à la base de toute démocratie, ne se limite pas aux politiciens, mais à tous les secteurs de notre société. La relève, souhaitable ou non, est inévitable.

Au niveau du secteur privé, on voit tous les jours de nouveaux directeurs et CEOs. Ceux qui sont à la tête de nos institutions ne doivent pas se laisser pousser vers la porte de sortie mais, au contraire, ils doivent s’ouvrir aux nouveaux talents et donner l’occasion et l’opportunité à ces personnes d’acquérir l’expérience en étant actifs.

C’est uniquement le learning by doing qui pourra renforcer les capacités du sang nouveau dans le domaine politique et ainsi renforcer la démocratie et le système démocratique. Il y va de la réussite de toute organisation et, en fin de compte, de la réussite de toute la République de Maurice.

* Pour en revenir au monde politique, êtes-vous d’avis que l’actuelle génération des hommes et des dirigeants politiques serait « at the end of their tether » ?

Pas nécessairement en termes de capacité de diriger un pays aussi complexe que le nôtre. Mais il faut aussi prendre en considération que tout politicien arrive à un moment donné à un certain âge. Et malgré une riche expérience, c’est généralement très difficile, voire impossible, d’innover et d’anticiper constamment les nouveaux défis d’un monde qui est en perpétuelle mutation, et de mieux comprendre et d’appréhender ce monde en devenir.

On ne sait pas comment sera la Republique de Maurice, et le monde en 2020 ou 2030. C’est la raison pour laquelle une nouvelle perspective sur le futur demeure indispensable et c’est là que le concours des jeunes est crucial. Les jeunes doivent assumer la responsabilité de façonner leur avenir. Le monde de demain, c’est leur monde. Alors, bien entendu, il nous faut chercher un juste équilibre entre les vieux et les jeunes pour qu’on évite de réinventer la roue.

* Il serait toutefois hasardeux d’aller vite en besogne en voulant « write them off » puisque nos leaders politiques ont fait preuve durant leur carrière politique de beaucoup d’ingéniosité pour se maintenir à flot par le biais de différentes permutations et autres alliances dites « naturelles ». Ne le pensez-vous pas ?

Voyez-vous, les leaders politiques ont une riche et vaste expérience et on ne peut pas et on ne doit pas douter de leur capacité d’influencer le cours des événements ou de se maintenir au pouvoir. Toutefois, l’ingéniosité et les différentes mutations que vous mentionnez sont les résultats d’un ancien système qui ne pourra pas perdurer dans le temps. Après 2015, things are bound to change.

Déjà, les partis politiques ont des problèmes à choisir et à faire accepter des candidats pour les élections. Le système de dynastie politique ne fait plus l’unanimité. Les organisations au niveau de chaque circonscription auront donc un plus grand rôle dans le choix des candidats.

Ensuite, les nouveaux partis qui émergent ont une approche plus démocratique et ces valeurs démocratiques vont influencer d’autres partis qui seront obligés de suivre le pas pour assurer leur propre survie.

A l’avenir, vous verrez des organisations étudiantes émerger dans les universités qui s’identifient ouvertement à des partis politiques. C’est autant de changements qui se pointent à l’horizon.

Mais faire progresser un pays sans l’apport de sang nouveau dans tous les secteurs du pays, sans prendre en considération tous ces changements et sans les accueillir on board, cela nous mènerait à une catastrophe certaine.

* Si les permutations et alliances politiques ont permis à certains dirigeants politiques de survivre et, parfois, de maintenir le contrôle sur l’agenda politique et les troupes, comment le renouvellement aura-t-il lieu dans ces circonstances ?

Prenons un exemple. Si un comité de direction est majoritairement composé de vieux qui sont dépassés, un jeune CEO peut, lui, mener le bateau à bon port mais pas pendant longtemps. Si la façade n’est pas renouvelée, cela affectera négativement l’organisation dans le moyen terme et produira des résultats catastrophiques.

Ce qui est vrai pour une organisation s’applique aussi pour les partis politiques. Même si le renouvellement n’a pas lieu au niveau de la classe politique pour le moment, le renouvellement aura définitivement lieu et se réalisera par d’autres moyens.

Nul ne peut arrêter le progrès démocratique et la République de Maurice est la plus grande démocratie de l’Afrique ! En politique, la population et les mentalités évoluent progressivement. C’est inévitable et les stratégies politiques du passé et actuelles ne seront pas forcément les meilleures pour le futur.

A Maurice, ce n’est pas simplement la façade qui demande à être changé mais c’est tout le système. Mais ce n’est pas faisable du jour au lendemain.

Alors, on peut s’attendre à une démocratisation des partis politiques à l’avenir et aussi à plus de contestations vis-à-vis des pratiques archaïques avec la libéralisation des médias et de la télévision en particulier. On s’est déjà rendu compte de l’impact de la libéralisation de la radio dans le pays. Et la libéralisation de la télévision contribuera davantage à élargir l’espace démocratique.

Cette démocratisation ne se confinera plus à la chose politique ou aux seuls dirigeants politiques mais à toutes les sphères de notre vie et de notre société.

* Il y a de bonnes raisons de démocratiser les partis politiques. Toutefois, cela semble plus vite dit que fait car dans le contexte mauricien même les défaites électorales ne parviennent pas à forcer cette démocratisation – et le renouvellement. Comment y parvenir donc ?

Dans le schéma traditionnel, le renouvellement n’a pas eu lieu dans le sens que les ailes jeunes des partis politiques n’ont aucune passerelle pour accéder aux autres structures du parti à travers des moyens démocratiques. Par conséquent, beaucoup de jeunes préfèrent s’organiser au sein d’autres mouvements.

Puisque les grands partis jouissent – traditionnellement et historiquement – d’un poids important sur l’échiquier national, les petits partis n’arrivent pas à jouer un grand rôle. Cependant, les jeunes vont vite comprendre que tout parti politique démarre toujours ses activités politiques en étant un petit parti. Le parti devient grand ou non en fonction du momentum qu’il a ou aura sur le terrain.

Il faut que les jeunes comprennent la chose politique afin de développer des stratégies pour avoir un impact positif dans le domaine.

Ils doivent savoir que cela demande un engagement assidu et beaucoup de sacrifices. Et la popularité et la transformation en un parti politique important n’arrive pas du jour au lendemain. L’origine du Parti Travailliste et du MMM peuvent servir d’exemples politiques dans ce sens.

L’Histoire démontre que les partis, qui se sont retrouvé dans l’opposition dans le passé, ont développé plus de grandes possibilités de renouvellement. Le fait de se retrouver dans l’opposition dans des circonstances difficiles permet de développer certaines compétences.

Désormais, il ne faut plus attendre d’être dans l’opposition pour le renouvellement. Il nous faut des structures et une nouvelle culture politique et organisationnelle car le monde a changé. Tout évolue et très vite.

* Que pensez-vous des permutations qui se sont opérées sur l’échiquier politique ces dernières semaines en prévision des prochaines élections générales, permutations qui vont opposer l’alliance PTr-MMM à l’alliance Lepep — l’une pour transformer Maurice en un « pays phare », l’autre pour « sauver » le pays, selon les dirigeants de ces alliances respectives ?

Pour une partie de l’électorat, ce qui l’intéresse ce ne sont pas les détails des permutations. Ecoutez les gens : ils disent que c’est du mauvais cinéma.

 Aujourd’hui, ce sont les mesures concrètes dans le court terme pour des problèmes qui touchent à la vie quotidienne qui intéressent le peuple de la République de Maurice. Je pense aux problèmes de l’accès à l’eau pendant toute l’année, ou le contrôle du coût des produits et des denrées alimentaires pour la corbeille de la ménagère tous les jours, le prix du gaz et de l’électricité à garder sous le contrôle de l’Etat, entre autres.

Dans le moyen terme, les Mauriciens attendent des propositions concrètes des groupes politiques. Par exemple, l’autosuffisance alimentaire, comment sortir les enfants en difficultés sociales de la pauvreté ou encore pour les jeunes, l’accès à un emploi à la fin de leurs études, entre autres exemples.

L’adhésion des Mauriciens ira au groupe qui sera sur le terrain avec la population et ses besoins, et plus personne ou très peu de Mauriciens s’intéressent seulement aux slogans politiques.

En général, ces slogans font partie du marketing électoral. L’électeur avisé, aujourd’hui, va déconstruire ces slogans. Certains slogans peuvent avoir une résonance au sein de l’électorat et d’autres, s’ils ont mal choisi et sont perçus comme étant creux, n’auront aucun impact.

Il suffit d’observer la manière dont les Mauriciens, peu importe leur classe sociale ou leur groupe ethnique, se moquent de ces slogans en privé pour comprendre que les mentalités changent progressivement tout comme les attentes de la population, Senior Citizens ou jeunes.

Rappelez-vous cet événement rapporté dans la presse avant les élections il y a quelques années. Une femme avait jeté du bouillon de poisson sur un homme politique car elle n’était pas satisfaite par ce qu’elle considérait comme une absence d’actions concrètes de sa part pour l’aider à améliorer sa vie pendant la durée de son mandat. C’était un signe avant-coureur. Aujourd’hui, il y a des milliers de Mauriciens comme cette femme. Ils attendent les candidats de pied ferme.

* L’arithmétique électorale devrait donner à l’alliance PTr-MMM une large victoire lors des prochaines élections générales, au-delà des trois-quarts requis pour être en mesure d’apporter les amendements constitutionnels en vue de la mise en place d’une Deuxième République. Toutefois, il semblerait que l’électorat travailliste et aussi celui du MMM ne seraient pas confortables avec cette alliance. Voyez-vous ce mécontentement se traduire en un vote-censure ou en un nombre d’abstentions suffisamment élevées pour contrarier l’agenda politique de cette alliance ?

Il y a certainement des personnes dans les deux camps, PTr et MMM, qui ne sont pas confortables avec cette alliance. Le contraire aurait été une surprise. Il y a diverses raisons qui expliquent cette attitude. Les activistes des deux camps ont été des farouches adversaires dans le passé et la réconciliation n’est guère facile au début.

Ils entrevoient des difficultés pour travailler ensemble car les méthodes et stratégies de chaque parti sont différentes. Cela bouleverse aussi les hiérarchies au niveau des circonscriptions. Il y a aussi l’expérience du passé, vécue par les Mauriciens et ils ont retenu la fragilité de l’alliance entre ces deux partis. Cela se comprend donc.

Ces réactions sont tout à fait normales dans un premier temps. Mais ces hésitations vont disparaître une fois que la campagne électorale sera déclenchée. De plus, la campagne d’explication va continuer pendant toute la campagne électorale.

Il y a d’autres facteurs qui vont faciliter une étroite collaboration. Malgré le fait qu’ils ont été des adversaires politiques, socialement ils se rencontrent, se connaissent et ils ont des liens qui vont au-delà de la politique. On sait que très souvent, au sein d’une seule famille, il y a des tendances politiques différentes. La cohabitation a toujours existé au niveau des familles et à tous les niveaux.

C’est pour toutes ces raisons, donc, qu’il n’y aura ni vote-censure ni abstention élevée. Toutefois, les deux partis – PTr et MMM – doivent mean business et garder à cœur les intérêts de la population mauricienne.

* Parlons de l’agenda politique de l’alliance PTr-MMM : le partage des pouvoirs dans le cadre d’une Deuxième République entre le Président de la République et le Premier ministre, l’élection du Président à un tour, et le fait qu’il n’aura pas de comptes à rendre à qui que ce soit dans l’exercice de ses fonctions. Etes-vous personnellement à l’aise avec les modalités de ce ‘deal’ politique ?

Je suis en faveur de ce partage du pouvoir pour plusieurs raisons. En premier lieu, après plus de 46 ans d’indépendance, le temps est overdue pour un système politique qui reflète une société inclusive.

D’abord, il faut tout mettre en œuvre afin que gouvernement et opposition ne soient plus réduits à gérer des divisions ethniques, sur lesquelles ils risquent de perdre tout contrôle dans le contexte de la mondialisation. L’expérience dans plusieurs pays démontre que la situation est catastrophique quand un gouvernement doit passer plus de temps à gérer des conflits ethniques au lieu de se concentrer sur l’avancement général du peuple et le bien-être de tous les citoyens.

Il est aussi important que le pouvoir issu d’une campagne électorale ne soit plus un zero-sum game et qu’un gouvernement reflète l’unité de la nation mauricienne toute entière non seulement en paroles mais dans les faits. On s’attend à plus de démocratie, plus de transparence et un renforcement du pouvoir des institutions pour combattre la corruption, un renforcement des attributions de l’Equal Opportunity Commission et de la méritocratie dans tous les secteurs pour augmenter l’efficience de nos institutions publiques, parapubliques, et aussi les compagnies privées.

On aurait souhaité que l’élection du Président ne soit pas à un tour et ait lieu en même temps que l’élection de l’Assemblée, mais dans cette phase de transition politique, on peut l’accepter quitte à faire des amendements après la phase de transition.

Quant à « l’accountability » du Président, je suis sûr que les experts constitutionnels vont inclure dans la législation les conditions concernant « l’accountability » que le Président serait tenu de respecter et aussi un mécanisme de fonctionnement du Président dans ce cadre.

* La mise en place d’une Deuxième République, couplée du ‘deal’ par rapport au partage de pouvoirs et un partage équitable de tickets électoraux, c’est comme partir du connu pour aller vers l’inconnu. Le conservatisme politique va sans doute repousser une telle démarche, ou se dire que c’est une expérimentation qui mériterait une réflexion approfondie de peur que cela n’entraîne le pays dans une spirale d’instabilité. Le pensez-vous également ?

Il y a des appréhensions qui sont légitimes et qui méritent toute notre considération. Mais il y en a d’autres qui ont pour seule intention de semer la zizanie et d’empêcher le progrès du pays.

Par exemple, l’issue d’une élection avec un partage égal des tickets soulève des appréhensions légitimes dans certains milieux. Les leaders politiques en sont conscients et c’est à eux de rassurer le public.

Mais je suis certain que ce partage égal de tickets est aussi construit sur la confiance mutuelle des deux dirigeants, que les deux dirigeants ont la détermination de respecter cet équilibre. C’est aussi leur responsabilité, à tous les deux, d’éduquer leur parti sur the rationale – la raison d’être – et la nécessité de cette alliance. Une campagne d’explication s’avère nécessaire pour dissiper tout malentendu.

Ni l’un ni l’autre leader n’a à gagner en renonçant à ses promesses et d’ailleurs le poids électoral de chaque parti, issu des élections, va rendre cette collaboration indispensable.

* Revenons au comportement de l’électorat. On soutient que le poids de l’ethnicité ou du communautarisme et autres réflexes pèsent toujours lourd dans la décision de l’électorat mais, à la fin de la journée, cette décision s’avère souvent intelligente. Qu’attendez-vous de cet électorat lors de la prochaine joute électorale ? Au fait, un vote intelligent, cela signifierait quoi au juste ?

Le vote ethnique joue un rôle important dans le comportement de l’électorat mais, paradoxalement, c’est aussi un vote rationnel et intelligent.

Ceux qui sont animés par de pures considérations ethniques représentent une petite minorité dans toutes les élections et n’ont aucun impact dans la majorité des circonscriptions. En fait, le vote d’un petit groupe est neutralisé par l’autre groupe.

Cependant dans le cas où la différence des suffrages entre deux grands partis n’est pas aussi large, le vote ethnique a un certaine impact. Lors de la dernière élection, où l’écart entre les deux grands partis n’était pas aussi grand, le vote ethnique a eu un impact dans certaines circonscriptions comme aux numéros 2, 4,14, 16 et 18.

Dans la conjoncture actuelle, ce ne semble pas être le cas. Le vote ethnique n’aura aucun impact dans le camp de l’alliance Rouge-Mauve car ce vote sera complètement neutralisé par l’apport du « vote bloc» à moins qu’on aligne des candidats qui ne sont pas ‘électable’.

Mais si on prend soin d’aligner uniquement des candidats qui sont électable, certains parlent d’un 60-0 et c’est possible.

Alors, le vote intelligent sera aussi un vote utile, rationnel et pragmatique qui favorisera majoritairement le « vote bloc ».

* On note toutefois que l’alliance PTr-MMM a fait sa première victime avant même qu’elle n’accède au pouvoir : la démocratisation de l’économie, politique prônée par le PTr depuis 2005, et qui brille par son absence dans le ‘Electoral Alliance Agreement between the MLP and the MMM’. Aucune mention n’y est faite sous le chapitre de ‘Economic Agenda’. Applique-t-on des freins dans la facilitation de l’ouverture à d’autre ‘players’, grands et petits, dans le secteur de l’Energie, du Tourisme, ou Financier, entre autres… ?

C’est vrai que la démocratisation de l’économie ne figure pas dans cet accord. Je ne peux pas expliquer cette omission mais on fait mention des mesures pour les SME, du public–private partnership et d’une société inclusive.

Même s’il y a une omission, il ne faut pas conclure hâtivement non plus que les deux grands partis – qui ont une vocation socialiste – ont renoncé à leurs valeurs fondamentales. Aucun de deux partis ne remet en cause cette politique de démocratisation de l’économie.

Le Parti Travailliste et le gouvernement prônent déjà la démocratisation de l’économie dans leur politique actuelle. Puisqu’ils seront au gouvernement avec un autre parti qui est aussi socialiste, ce n’était peut-être pas nécessaire de mettre l’emphase sur cet aspect.

Toutefois, si l’électorat leur rappelle cet engagement, je suis sûr que le programme de l’Alliance Parti Travailliste – Mouvement Militant Mauricien va accorder toute la considération nécessaire à la démocratisation de l’économie.


* Published in print edition on 3 October 2014

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