Dr François Saw Lan Ip

Lettre ouverte à nos Parlementaires 

Pour l’avortement de la légalisation de l’avortement 

Honorables Mesdames et Messieurs, 

D’après ce que j’ai compris à la lecture dans la presse, vous serez appelés à voter une loi pour la légalisation de l’avortement dans des cas spécifiques, et cela pour ne pas embarrasser notre illustre représentante au CEDAW à Genève en octobre prochain.

C’est au nom de « reproductive rights » (droit à la reproduction) qu’on demande une telle mesure. Or, tuer un enfant avant sa naissance est tout simplement, absolument le déni de la reproduction ; pour être tout à fait logique, ce « reproductive rights » c’est le droit des couples infertiles de demander à l’Etat les services de Fertilisation In Vitro (FIV) ou Procréation Médicalement Assistée (PMA) comme partie intégrante des soins dispensés par le Ministère de la Santé et Qualité de la Vie.  

 

Passons maintenant aux cas spécifiques tels que mentionnés par « Week-End » du 4 septembre 2011. 

1. Viol et relation sexuelle avec mineure ou « specified person » 

Je comprends et je compatis avec de telles victimes, mais est-ce que tuer son bébé va guérir sa mère de son grave traumatisme ? Je crois qu’on se trompe de cible. La punition du violeur ou du géniteur pourrait atténuer sa souffrance, mais dans beaucoup de cas cette punition n’arrive pas et c’est le bébé qu’on veut punir. Je pense qu’elle sera davantage malade d’une colère légitime et compréhensible envers le violeur. 

On devrait donner plus de soins médicaux, psychologique, sociale à cette mère pour le reste de sa grossesse et ensuite elle pourrait donner l’enfant en adoption à un couple stérile qui en ferait et en justifierait la demande. 

2. Grossesse mettant en danger la santé physique/morale de la mère

La grossesse n’est pas en elle-même une maladie ; elle est un processus, une fonction naturelle qui ne demande pas à être guérie par la mise à mort combien atroce (oui l’embryon est sensible au sons, notamment des battements du cœur de sa mère et de la musique bien avant ses 24 semaines) de l’embryon. 

Cependant, dans le cas d’une grossesse extra-utérine le tube de Falope risque de se rompre et causer un choc fatal et donc on sauve la mère par une opération qui emmène la mort non-voulue de l’embryon. Ce ne sera pas un avortement délibéré. 

Eclampsie ou état pré-éclamptique ? Elles peuvent survenir quand le fœtus est très probablement viable et donc susceptible d’être né par césarienne. Ce ne sera pas de l’avortement. 

« Hydratidiform mole » ? Dans ce cas l’embryon ou lui-même est devenu gravement malade et donc à être évacué. 

Si au cours d’une grossesse on découvre que la mère a par exemple une décompensation cardiaque on devrait la soigner pour cela et je ne crois pas que l’interruption va en elle-même la guérir. D’ailleurs les risques d’une anesthésie pour procéder à l’interruption doivent être pris en considération. De par mon expérience dans le service médical, pendant trente ans je ne connais aucun cas où nous avions été appelés à considérer un avortement. Feu le docteur P. Paratian et moi, nous avions vu en 1960 ou 1961 une femme accoucher normalement avec un taux d’hémoglobine de 8% ! 

Si on découvre un cancer ou une leucémie pendant une grossesse, ce n’est pas l’interruption de la grossesse qui va guérir cette maladie ; on traitera la maladie et si en conséquence l’embryon meurt, il n’aura pas été tué délibérément. 

Cependant il se pourrait qu’il y ait des cas rarissimes, où il n’y a pas selon un panel de médecins d’autre issue que l’avortement. Dans ce cas, je serai d’accord avec le Mouvement de Libération Femmes, MLF qui, d’après « Week-End » du 4 septembre 2011, est pour « la suspension de la loi anti-avortement ». 

En tant que médecin je dois faire ressortir que les critères de diagnostique de maladie mentale ou psychique ne sont pas assez définis. Par exemple, l’état d’esprit d’une femme qui voit ses vacances pour lesquelles elle a payé d’avance être gâchées par une grossesse surprise est compréhensible, mais est-ce que ce serait justifiable de se débarrasser de ce petit gêneur ? L’état d’esprit d’une femme confrontée à « une autre bouche à nourrir » est souvent invoqué ; c’est pris comme un vol à venir sur le part des enfants déjà existants. La loi dit que les moyens pour se défendre contre une agression ne devraient pas être démesurés. Par exemple, si quelqu’un veut voler mon pain, je n’ai pas le droit de lui sauter le poignet ! Donc est-ce qu’une autre bouche à nourrir justifie sa mise à mort ? 

3. Malformation physique ou mentale de l’embryon 

Où dresser les bornes ? Un pied-bot, les deux pieds-bots ? Absence de scrotum à l’échographie, c’est-à-dire diagnostique prénatal du sexe féminin ?! Dans certaines circonstances et dans certains pays, spécialement en Chine et en Inde, le simple fait d’être du sexe féminin constitue un handicap fatal. Le numéro du 6-12 mars 2010 de « The Economist », ou, plus près de nous, « L’Express » du 31 août 2011 sont éloquents à ce sujet ; 

Dans la très grande majorité le diagnostique de handicap mental est très difficile à établir avant la naissance. Sur quoi va-t-on se baser ? Sur la généalogie ? Sur les dimensions du crâne à l’échographie ? J’ai lu que Anatole France avait un très petit crâne qu’on aurait pu classer comme micro céphalique, donc faible d’esprit et il fut l’auteur du « Les Dieux ont soif », etc. 

A la limite qui d’entre nous n’est pas handicapé mentalement à un certain degré ? Par exemple, ne pas avoir « la bosse des maths » mais être très doué autrement n’empêche pas d’être utile à la nation à sa façon. 

4. Femme enceinte se retrouvant dans le coma et qui ne pourrait pas, selon les avis médicaux, reprendre conscience avant la fin de la grossesse 

Le rôle des médecins c’est de tout faire pour qu’elle regagne au plus vite sa conscience et non de deviner, de prophétiser quand cela se fera. 

L’enfant qui pourrait bien être viable et arrivé à terme, si la mère est toujours inconsciente, pourrait naître par césarienne. 

5. La loi existante archaïque… 

On dit que la loi existante est archaïque et qu’il faut la réviser. Je suis d’accord car elle a été faite à l’époque où les connaissances sur l’embryon étaient lacunaires, mal comprises et nébuleuses. On s’était demandé quand il devient réellement humain et chacun y allait de son chiffre. « Quick with child » veut dire quand la mère peut sentir ses mouvements. Or, c’st assez variable : pour une primipare ce sera plus tard que pour une ayant déjà eu un enfant. Pour le législateur avant cette détection de mouvements on ne pouvait pas être certain qu’il était vivant et donc qu’on pouvait l’évacuer sans crainte d’avoir éliminé une vie. 

Or, de nos jours, presque tout le monde sait que l’embryon est, selon « Larousse de Poche », cet « organisme en voie de développement depuis le stade de l’œuf fécondé jusqu’à la réalisation d’une forme capable de vie autonome et active », c’est un « continuum ». Donc choisir 16 ou 20 ou 24 semaines c’est arbitraire. D’ailleurs dans la plupart des cas, la femme n’est pas sûre. Aussi certains gouvernements avaient révisé la date, et cela pas pour des raisons scientifiques. On dit que son corps est à elle et qu’elle peut en faire selon son désir. La personne qui a essayé de se suicider a pensé dans le même sens. Donc, le médecin qui l’a devant lui peut-il rester les bras croisés en se disant qu’il faut respecter son désir ? 

Permettez-moi de prendre un peu plus de votre précieux temps pour vous soumettre quelques points supplémentaires, mais tout aussi importants. 

a) Son ventre est partie intégrante d’elle et c’est à elle de décider, dit-on. Or, l’embryon est génétiquement distinct de sa mère et non pas partie intégrante, pas comme disons, ses amygdales qu’elle pourrait se faire enlever si elle le désire. 

b) Si après sa naissance on devrait greffer un organe d’un bébé sur sa mère, il sera rejeté. Or, mystère que de nombreux scientifiques n’arrivent pas à élucider, c’est que pendant toute la grossesse, le bébé est toléré de par la suspension de l’intolérance immunologique, ce qui est à contraster avec l’intolérance socio-économe-politique émotionnelle de la part de certains. 

c) La légalisation de l’avortement semble présenter à certains l’enfant comme une charge, un fardeau, ou même un assaillant au lieu d’être un atout, un « asset ». La richesse d’une nation c’est moins ses ressources naturelles que sa population. Avec cette loi (et c’est déjà arrivé dans certains pays) l’avortement deviendra un moyen de contrôle de naissance. Avec moins de naissances, il est à redouter de l’avenir des fonds de pension, de soins aux vieux et autres nécessiteux, du budget de l’Etat. En passant, vu mon âge je ne serai pas là pour voir cela. 

d) Qui peut plus peut moins, c’est un dicton bien connu. Si vous légalisez l’avortement, certaines personnes pourraient penser que si l’Etat permet de tuer un enfant gêneur dans le ventre de sa mère, il serait aussi plus permissible de frapper un enfant agaçant. Ce sera un empoisonnement mental difficile à combattre, d’autant plus qu’on a suspendu la peine de mort pour des criminels avérés ! Ne soyons donc pas surpris si les violences sur les enfants iront en grandissant en nombre et en degré. 

e) L’avortement même spontané, où la mère n’y est pour rien, est cause de souffrance mentale, de regrets aux femmes concernées. Combien plus donc l’avortement induit ? 

J’ai eu à soigner des femmes ménopausées pour la dépression parce que : « Si no pas ti faire ça azordi jour ti va enan ene grand zenfant à coté moi ». D’autre part, j’en connais qui est heureuse que ces tentatives n’ont pas réussi.

f) Parce que beaucoup de femmes souffrent ou meurent quand l’avortement est fait clandestinement et donc dans des conditions pas hygiéniques, on pense qu’avec sa légalisation ce sera fait dans des hôpitaux ; or, il n’y a pas d’avortement sans aucun risque même dans les meilleurs hôpitaux ou cliniques, même en France. Ce n’est pas parce qu’un médecin sait comment tuer un embryon avec moins de risques à la mère dans un milieu hospitalier qu’il faut qu’il le fasse. Celui qui a étudié pour devenir serrurier doit-il devenir cambrioleur avec la bénédiction de certains, sinon de l’Etat ?

g) Aussi même dans ces pays où c’est légalisé, l’avortement clandestin n’a pas disparu ou a à peine diminué.

h) Parce que beaucoup de femmes en souffrent ou veulent légaliser l’avortement ; pour être logique il faudra aussi légaliser les vols avec violence. 

Pour conclure, dans la « Declaration of Geneva (amended 1968)”, qui est la version moderne du Serment d’Hippocrate, il y a « I will not permit considerations of religion, nationality, race, party politics or social standing to intervene between my duty and my patient. I will maintain the utmost respect for human life from the time of conception ; even under threat I will not use my medical knowledge contrary to the laws of humanity », et dans la “Declaration of Oslo (1970)”: The first moral principle imposed upon the doctor is respect fo humain life as expressed in a clause of the Declaration of Geneva: I will… from the time of conception…” 

Dr François Saw Lan Ip

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