B.L. Nath

Elections municipales 2012

MSM-MMM en sursis?

L’alliance MSM-MMM, lors de ces élections municipales avait placé la barre très haut. L’objectif avoué était de “balye karo 5-0”, soit de remporter haut la main les cinq municipalités, faute de quoi l’improbable le Remake SAJ-Bérenger, imposé par ce dernier à des militants récalcitrants et qui avait requis l’abandon d’Ashok Jugnauth et d’Eric Guimbeau, en sortirait gravement affaibli.

Rien de moins qu’un « tsunami », une « élection correction » réclamait à cor et à cri, de son côté, l’alliance MSM-MMM. C’était d’autant plus crucial que les élections villageoises tenues une semaine auparavant, au-delà des commentaires publics de l’Opposition, n’avait pas fourni les résultats escomptés.

Loin de là: la population des régions rurales avait, dans sa grande majorité, refusé de cautionner l’aventure du Remake. Bérenger, en fin analyste politique, devait savoir que sa nouvelle “winning formula” ne marchait pas.

Du coup, SAJ – malgré les mois passés à haranguer les villages du pays -avait-il encore de la crédibilité comme future locomotive rurale d’un Remake MSM-MMM? En effet, avec Bérenger, le « grand amour » peut laisser la place aux « années-lumière qui nous séparent » avec une célérité qui ne laisse pantois que ses plus fervents supporters. Le choix des Présidents de chaque Conseil de District, dans les jours à venir, donneront une indication claire des forces politiques en milieu rural.

Aux municipales, au moins, l’alliance MSM-MMM pouvait espérer bénéficier d’une conjoncture particulièrement favorable à l’Opposition, et ce, pour plusieurs raisons.

a) Si on fait abstraction des résultats particuliers de 2005, les municipalités ont traditionnellement été le fief du MMM, capable durant les années 80 de rafler l’adhésion des villes et de leur gestion sans l’aide d’aucun allié et de faire contrepoids au pouvoir central. Incontestablement, c’était là un immense atout de départ pour l’alliance MSM-MMM.

b) L’usure des équipes municipales existantes dont les acteurs et la gestion qui a en découlée depuis 2005 n’ont pas toujours été à la hauteur des responsabilités attribuées avec un sentiment de désaffection chez certains citadins pour des rasons de proximité.

c) Une intense campagne de l’Opposition, relayée efficacement par les médias privés, avec un rôle peu reluisant du leader du FSM, autour des allégations constantes de malversations et d’affaires.

d) Une Opposition en campagne depuis plusieurs mois, multipliant congrès et réunions nocturnes alors que la machinerie PT-PMSD ne se mobilisera véritablement que durant les derniers dix jours de campagne avec l’entrée en lice du PM en personne.

e) La probabilité que l’abstention (d’ordinaire de l’ordre de 50-60% aux municipales) affecte davantage les partis au pouvoir lors d’un « mid-term test », plutôt qu’une Opposition jouant son va-tout et faisant feu de tout bois, même rose.

f) Une gestion obligatoirement prudente de l’économie nationale dans une période d’extraordinaires turbulences se prolongeant depuis 2008 dans toute la zone euro et même aux USA.

Bref, c’est dans ce contexte hautement favorable à l’Opposition que le MSM-MMM devait entériner une hypothétique vague du changement, cautionner les thèses de « misère noire », de « précipice », le vote « rageur » que réclamait SAJ, le vote « sanction » que demandait Bérenger, avec cette logique absurde que les perdants allaient organiser dans la foulée des élections générales anticipées…

Clairement, l’état-major de chaque parti disséquera les résultats par arrondissement et par quartier en tenant compte des facteurs locaux, des sensibilités communautaires, de l’abstention, des frustrations spécifiques à chaque ville, mais on peut d’ores et déjà prévoir qu’avec seulement 47% des voix en régions urbaines, faisant suite à l’échec de l’aventure rurale, les fondements mêmes de l’alliance de Bérenger avec le MSM sont fortement secoués, quels que soient les discours publics de leurs dirigeants au cours des semaines à venir.

Quel a été l’apport du MSM dans cette victoire au goût de déconfiture? L’échec du test de Vacoas-Phoenix, exigé par Bérenger de son partenaire, n’est pas anodin. Hormis Beau-Bassin Rose-Hill, toutes les autres villes ont livré des scores panachés et très serrés. Ce n’est pas la sanction tant attendue et réclamée par l’Opposition, c’est un drame pour le MMM.

Certes, l’alliance PTr-PMSD a des analyses approfondies à faire et des leçons à tirer des dernières élections régionales, mais elle peut légitimement se sentir requinquée. Le rôle capital du PM, son charisme personnel et l’effet qu’il déclenche dans toutes les couches de la population sont indubitables.

Quant au pays, il en sort gagnant : il n’y aura pas de campagne de déstabilisation pour des élections anticipées. Toutes les mairies (sauf Beau-Bassin Rose-Hill) auront une Opposition d’un bord ou de l’autre, gage de gestion plus attentive des deniers publics, la gent féminine et les jeunes seront mieux représentés et pourront faire leurs armes grâce à la nouvelle loi-cadre Aimée, voilà peut-être les avancées réelles de cette société qui ne souhaite plus l’embrigadement, les palabres, les dépôts fixes et les slogans en guise de programme politique.

B.L. NaTH

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