ONLINE ISSUE No: 332

Friday 29 August 2008

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*Founded in 1954 by Beekrumsingh Ramlallah

QUOTE OF THE WEEK
"Why should society feel responsible only for the education of children, and not for the education of all adults of every age?"
-- Erich Fromm

 

 

Interview : Mohamad Vayid  

« Le gouvernement doit être prudent… car dans la politique, rien n’est gagné d’avance » 

*  « M. Cunningham a fini par banaliser des affaires très sérieuses qui auraient dû pu faire l’objet d’une commission d’enquête » 

Mohamad Vayid essaie de comprendre le moteur du malaise social. Est-ce les institutions qui sont à blâmer ? Est-ce des troubles de déséquilibre ? Plus que jamais il faut revoir le fonctionnement du pied au sommet de nos organisations. Sinon comment expliquer l’imposture, les scandales et les excès ?  

Mauritius Times : Quel effet cela vous fait de prendre connaissance à partir des articles de presse des différentes affaires concernant l’importation du Subutex, le directeur des douanes, Boskalis et le président de la Mauritius Port Authority, Bel Air S.E., bref des affaires qui ont dominé l’actualité ces dernières semaines ?

Mohamad Vayid : Le pays est certainement choqué de prendre connaissance de tous ces scandales qui frappent notre société, mais les gens ne sont pas autrement surpris par ces événements parce qu’ils avaient déjà la perception que la corruption était répandue à Maurice et qu’il y avait des intérêts sinistres qui opéraient à l’intérieur des institutions publiques et dans la politique, bien que cette perception ne soit pas toujours fondée. Mais le fait est que, la machine à rumeurs de notre pays aidant, il y avait toujours cette tendance à voir le mal un peu partout. Cependant, lorsqu’on fait état de cas concrets comme ceux que vous venez de citer : celui impliquant le président de la Mauritius Port Authority, l’autre concernant le ministre de la Justice ou encore ceux soulevés par M. Cunningham, il y a là suffisamment d’indices pouvant consolider cette perception du public tout en alimentant les spéculations et les appréhensions des citoyens mauriciens par rapport à l’avenir de leur pays.

En ce qui concerne le président de la Mauritius Port Authority, on espérait qu’il allait soumettre sa démission en attendant la fin de l’enquête. Malheureusement, à Maurice, nous n’avons pas cette culture, cette déontologie, à l’exception de quelques rares cas où les responsables ont agi dans ce sens.

En ce qui concerne l’affaire impliquant le ministre de la Justice, il y a là également des circonstances troublantes. Certes, nous ne pouvons pas nous approprier de la prérogative du Premier ministre en décidant qui doit ou ne doit pas faire partie du conseil des ministres, mais l’attente de la population est que, lorsqu’une certaine irrégularité est constatée dans le comportement ou les activités d’un haut officiel, ou s’il y a un manquement à l’éthique, certaines actions doivent être prises après une enquête approfondie.

En ce qui concerne M. Cunningham, je crois qu’il a raté une occasion en or d’aider à nettoyer cette situation. Sur la base des renseignements dont il disposait et de son expérience de ce qui se passe dans certains départements, il aurait pu aider à assainir l’atmosphère s’il avait agi avec mesure, en respectant le devoir de discrétion et de réserve de tout haut fonctionnaire. Mais, malheureusement, en se laissant aller à des déclarations fracassantes, en s’attaquant aux institutions et en lançant des accusations à droite et à gauche, il a fini par banaliser des affaires très sérieuses qui auraient dû pu faire l’objet d’une commission d’enquête de haut niveau.

La triste conclusion à tirer, c’est qu’à un moment où l’opposition était en perte de vitesse et surtout caractérisée par une grande incohérence dans ses démarches, ces scandales leur ont apporté de l’oxygène et fourni une plate-forme sur laquelle lancer des attaques ciblées contre le gouvernement.

* On aura noté quand même que toutes ces affaires reposent sur des allégations, des suspicions et qu’il n’y a, à ce jour, aucune preuve pouvant établir la culpabilité de quiconque (que ce soit Valayden, Dulull, Chady, etc) ou de quelque institution (soit le DPP, la police, la MRA) ?

-- Je ne crois pas que le public mauricien sera du même avis. Car il y a, dans les cas qui ont été cités suffisamment d’éléments pour justifier une enquête approfondie et serrée. Ces éléments en sont déjà assez révélateurs sans pour cela préjuger d’aucune de ces situations ou incriminer quelqu’un. M. Cunningham a cité des cas précis et il a également décrit les circonstances dans lesquelles certaines décisions ont été prises. Il y a eu également, en ce qui concerne le président de la Mauritius Port Authority, des indices qui intéressent l’ICAC. Tout comme les rapports qui suggèrent que le ministre de la Justice n’aurait peut-être pas agi avec la discrétion qu’on est en droit d’attendre de lui.

* Le gouvernement a, par la voix du Premier ministre, repoussé les allégations de M. Bert Cunningham à l’effet que la MRA, le judiciaire, la police, certains hauts fonctionnaires et des responsables politiques seraient liés dans une « web of corruption ». Pouvait-il agir autrement ?

-- C’est là où M. Cunningham s’est fourvoyé, car ces accusations à l’emporte-pièce sont trop générales pour être prises au sérieux. On ne peut pas faire des allégations de ce genre contre des institutions vitales du pays et espérer une réaction salutaire. Le Premier ministre, en somme, n’avait pas d’autre option que de refuser une commission d’enquête pour la bonne et simple raison que n’importe quel Premier ministre doit, en toutes circonstances, rester maître du terrain. Navin Ramgoolam ne pouvait pas paraître prendre des directives soit de M. Cunningham soit de M.Bérenger. D’autant plus qu’il a expliqué sa position en disant qu’il y a des institutions en place qui disposent de plus de pouvoirs qu’une commission d’enquête pour étudier de tels cas et que dans le passé les commissions d’enquêtes n’ont pas donné des résultats probants.

La situation était, dès le départ, un peu faussée par le jeu politique dans la mesure où le gouvernement ne pouvait se permettre le luxe de voir M. Bérenger paraître sur une plate-forme publique et se vanter d’avoir arraché une commission d’enquête au Premier ministre et en tirer un capital politique. Tout comme M. Cunningham n’a pas laissé le choix au DPP lorsqu’il l’a interpellé directement. Le DPP n’avait aussi pas d’autre options que de demander une enquête policière dans les accusations formulées par M. Cunningham. Evidemment ce dernier n’appréhende pas la situation mauricienne suffisamment dans ses complexités et il s’est laissé aller à un défoulement intempestif pour livrer ses états d’âme en pâture à un public avide de sensations. Il a voulu éclairer d’une lumière blafarde toute la société mauricienne, que beaucoup de mauriciens ne peuvent accepter sans un sursaut de révolte. D’autant plus qu’il fait appel aux ambassades étrangères et autre instances internationales pour éclabousser les autorités. L’ancien chef de la douane tirait un plaisir évident à être sous les feux des médias et se voir traiter en vedette populaire. Il a multiplié les interviews avant son départ avec un abandon de mauvais aloi.

Nous commettons une erreur énorme en oubliant que ce pays passe par une période de transition difficile, voire douloureuse, dans le sillage des effets de la globalisation, la perte des filets de protection comme l’Accord multi-fibre et le Protocole sucre, les difficultés d’exportation du thon en Europe, l’incapacité des foyers de la petite bourgeoisie de joindre les deux bouts, etc. Cependant nous pouvons déjà voir la lumière au bout du tunnel avec l’obtention d’une dérogation pour le thon, un appui financier considérable de l’Union européenne pour notre agriculture, suite à la perte de notre marché sucrier. Nous avons également l’Africa Growth and Opportunity Act qui nous permet maintenant d’inclure des produits d’un pays tiers dans nos exportations vers les Etats-Unis. Par ailleurs, à côté de nombreuses initiatives du secteur privé, il y a aussi la réforme fiscale enclenchée par le gouvernement, un Port franc dont le potentiel n’a pas été exploité à fond, des développements dans le domaine des petites et moyennes entreprises, il y a eu le PRB, qui a amélioré le sort de plus de 100,000 employés de l’Etat -- donc il y a là des risques avant-coureurs d’un développement prometteur – mais nous privilégions les scandales et les dessous malsains de la politique, surtout à cause d’une couverture médiatique qui nous laisse aucun répit. A voir avec quel acharnement nous aimons nous tirer dans les pieds, l’on peut se demander si nous ne sommes pas en proie à un masochisme larvé.

M.Cunningham, étant parti, va laisser derrière lui une séquelle de malaises et de suspicions. Je dois dire que même s’il avait de grandes qualités en tant qu’expert douanier, il lui manquait quand même les qualités de gestionnaire et de leader ; il a preféré agir en solo, n’étant pas quelqu’un qui pouvait œuvrer au sein d’une équipe. Il y avait chez lui des faiblesses caractérielles qui ont miné la gestion de son département.

Nous nous trouvons aujourd’hui dans une nouvelle ère qu’il nous faudra gérer efficacement. Cela requiert un nouvel état d’esprit, mais aussi un changement des équipes dirigeantes non seulement au niveau du gouvernement mais également au niveau de plusieurs institutions, même s’il faut reconnaître que quelques-unes d’entre elles fonctionnent très bien. Le Premier ministre a raté l’occasion de remanier son Cabinet. Cela constitue une erreur capitale de n’avoir pas remanié son équipe ministérielle trois ans après l’accès de l’Alliance sociale aux rênes du pouvoir. Il n’est pas trop tard à condition de ne pas attendre plus longtemps. Parce qu’il y a des ministres non performants et une lassitude évidente chez d’autres qui ne peuvent plus gérer leur portefeuille selon l’attente de la population. Le moment est venu de revoir cette situation et d’imprimer une nouvelle impulsion aux affaires de l’Etat, au plus haut échelon, afin de créer un environnent plus propice à l’innovation, la créativité, la bonne gouvernance. Le Premier ministre peut seul en décider. Quand on voit Navin Ramgoolam s’adresser au parlement aujourd’hui, c’est un homme d’Etat qui parle ; il a gagné en maturité et en épaisseur. Il y a chez lui une confiance en soi, une sérénité, et une force de caractère et de personnalité qui le place très loin derrière tous ceux qui prétendent à sa succession. C’est une qualité qu’il pourrait exploiter à fond, mais il le fera sans doute au bon moment.

* Mais la question reste posée : existe-t-il vraiment une « web of corruption » au plus haut échelon de l’Etat impliquant hauts fonctionnaires, politiques et les gros bonnets du secteur privé, quel que soit le régime en place ?

-- Dans un article qui a paru dans « Le Mauricien » l’année dernière, j’ai déjà attiré l’attention sur certaines pratiques abusives. J’ai évoqué l’exemple du conseil d’administration d’Air Mauritius. Il y a dans ce conseil le ‘Sollicitor general’, le secrétaire du cabinet, le secrétaire financier, les trois plus hauts fonctionnaires du pays. Lorsqu’on a des gens de ce calibre sur n’importe quel conseil d’administration, cela étouffe les initiatives et empêche les gens de s’exprimer librement. Parce que lorsque le secrétaire du cabinet parle, on a l’impression qu’il représente le Premier ministre. Lorsque le ‘Solicitor general’ parle, on se dit que c’est le conseil juridique qui parle. Et lorsque le secrétaire financier intervient, on pense qu’il sait des choses que les autres ne connaissent pas, donc on se tait. Ce qui amène la paralysie au plus haut échelon de la corporation. Si on veut récompenser ces hauts fonctionnaires pour le travail qu’ils font et que leurs postes ne sont pas suffisamment rémunérés, on n’a qu’à leur accorder des allocations spéciales et personne n’y trouvera à redire. Mais la situation se complique davantage lorsque nous réalisons que les concurrents d’Air Mauritius, c-à-d Air France, Air India, Rogers et, jusqu’à récemment British Airways, siégeaient également au Conseil d’administration de MK.

Allons plus loin : le ‘Solicitor general’, qui est un directeur d’Air Mauritius, est également le conseiller du gouvernement en ce qui concerne la libéralisation du trafic aérien. Il va à l’étranger pour négocier avec d’autres compagnies aériennes leur accès au ciel mauricien. Et il est aussi le conseiller juridique du gouvernement. Est-ce que cela ne pose pas un problème de conflit d’intérêts ? Il est temps de prendre conscience de ces choses-là tout comme il faut reconnaître que certaines décisions du DPP depuis quelques années ont été surprenantes. Par exemple, celle concernant le leader de l’Opposition qui a été déclaré hors de cause dans une affaire où il avait été cité pour avoir donné de l’argent à un criminel notoire pour l’aider à quitter le pays… Il y a eu le cas de Cehl Meeah, où les poursuites ont été abandonnées en dépit de sérieuses allégations concernant sa participation alléguée dans une conspiration liée à un meurtre.

C’est tout cela qui alimente les doutes et cette perception qu’il existe un jeu d’influences malsain dans le pays.

* A vouloir trop mettre la pression sur le DPP pour qu’il vienne expliquer ses décisions, on finira par exiger qu’il prenne des décisions pour satisfaire la rue, vous ne le croyez pas?

-- Mais cette question ne se pose même pas. Le DPP doit agir dans la plus grande sérénité et en dehors de toute pression. C’est entendu et nous ne voudrions pas changer cette approche. Cependant, aucune autorité à Maurice ne peut s’estimer au-dessus d’une transparence essentielle de ses décisions – n’importe quelle décision. Même le Premier ministre et ses ministres sont obligés de fournir des explications au parlement sur leurs prestations. Nous avons les PNQs, les PQs, toutes sortes de procédures démocratiques pour forcer le gouvernement à révéler les tenants et aboutissants de ses décisions. Le DPP est le seul officiel qui agit dans un vase clos, avec une opacité inquiétante ; il n’est pas redevable envers quiconque, il n’a aucune explication à fournir, et il n’a pas à se justifier. C’est cela qui perturbe un peu les citoyens bien-pensants. Même le Privy Council a trouvé cet état de choses anormal. Il est souhaitable qu’il y ait un garde-fou, un recours qui viendrait assurer que toute décision du DPP puisse être revue par la cour suprême, en toute confidentialité, dans les cas où il existe un certain flou.

* On est en train de se focaliser sur le DPP, M. Vayid, mais il y a aussi plusieurs hauts fonctionnaires comme le commissaire de police, le directeur de la MRA, même le directeur de douane qui sont souvent amenés à prendre des décisions qui ne font l’objet d’aucune revue…

-- Il y a un cadre juridique qui autorise ces fonctionnaires à prendre des décisions et qui leur permet de le faire à leur entière discrétion dans l’exercice de leurs fonctions. Mais les décisions de ces fonctionnaires sont toujours « amenable to review » ; on peut aller en cour et contester ces décisions s’il y a des revendications. Aucun de ces titulaires n’a, que je sache, un pouvoir absolu, sans appel.

* Après la presse et l’opposition, l’Eglise a aussi ajouté son grain de sel dans le débat : lors de la messe de St Louis, Père de Fleuriot a fait une plaidoirie en faveur d’un Etat de droit qui se construit, selon lui, lorsqu’on refuse une « gousse» et « où sont bannies magouilles et corruption… » Sermon à point nommé ?

-- Ce qu’a dit le Père Fleuriot n’a rien d’original, dans la mesure où ces choses-là sont aussi dites dans les mosquées les vendredis, dans les temples hindous, j’en suis sûr, et ailleurs où les religieux sentent, avec raison, que c’est leur devoir de rappeler aux fidèles leurs responsabilités en tant que citoyens et que commettre un acte immoral ou malhonnête est contraire à la religion, quelle que soit cette religion.

La messe de St Louis a été médiatisée, ce qui n’est pas le cas pour des activités qui se déroulent dans tous les lieux de culte où des sermons sont faits régulièrement.

* Quel effet fera le déballage sur la place publique de toutes ces affaires -- c’est-à-dire les allégations graves de M. Cunningham contre les hommes et les institutions publiques véhiculées par la presse, les radios privées et les hommes politiques, et un gouvernement qui refuse une commission d’enquête -- sur le Mauricien moyen ?

-- Le mauricien moyen sent dans sa chair, dans son âme qu’il y a un vent malsain qui souffle sur le pays et qu’il faudrait y mettre de l’ordre. Mais, très souvent, les mauriciens malheureusement refusent de se mouiller.

A mon avis, il y a des choses autrement plus importantes qu’il faudrait revoir. Par exemple, je vous parlerai d’un problème constitutionnel qui mérite qu’on s’y attarde. La cour suprême a débouté le plaignant qui avait fait un procès au leader de l’opposition, M. Bérenger, pour avoir aidé un criminel. La cour a décidé que cet homme n’avait pas de « locus standi », c-à-d qu’il n’avait pas un intérêt direct dans cette affaire. Nous avons aussi eu le cas récent de M. Beeharry, qui a poursuivi le gouvernement pour avoir agi non conformément à la constitution en nommant M. Valayden non seulement comme attorney General mais aussi comme ministre des Droits de l’Homme. La cour suprême a débouté M. Beeharry parce que le plaignant n’avait pas, de son point de vue, « d’intérêt direct » dans cette affaire. Or, en tant qu’observateur, j’estime que c’est une décision qui laisse rêveur.

* Pourquoi ?

-- Parce que n’importe quel contribuable mauricien conscient de ses devoirs de citoyen est directement concerné par la gouvernance de son pays et peut se sentir lésé quand la constitution n’est pas respectée, ou est violée. Ce que M. Beeharry a obtenu à l’issue de son procès, c’est une interprétation de la loi, mais a-t-il obtenu justice ? M. Beeharry pourrait faire appel et je serais très intéressé de savoir ce que le Privy Council déciderait dans un cas pareil.

Il y a souvent des cas où des citoyens ont couru après un malfaiteur pour l’arrêter parce qu’il avait volé chez un commerçant. On appelle cela une « citizen’s arrest » aux Etats-Unis. Ces citoyens qui avaient arrêté ce voleur n’avaient pas d’intérêt direct en jeu et pourtant ils ont aidé à mettre fin à un acte criminel. On se demande comment des juges en Europe et aux Etats-Unis réagiront à l’idée qu’un contribuable qui défend la constitution de Maurice n’a pas de « locus standi ». J’estime que c’est illogique et qu’il faut repenser certains aspects de notre constitution. Il faudrait, à mon avis, étudier la question, en discuter avec les juges et, si nécessaire, introduire spécifiquement le principe de « l’intérêt public » dans notre constitution. parce que l’explication de la cour semblerait impliquer que la notion de « l’intérêt public » n’existe pas dans nos lois. Mais c’est un intérêt qui est tellement évident (nous invoquons souvent le « public spirit » pour motiver les citoyens) qu’il n’a pas besoin d’être écrit dans la constitution : il fait partie d’une « common law » universelle, comme les droits de l’homme.

* Le Mauricien devient de plus en plus agressif et violent : on incendie un véhicule impliqué dans un accident ayant causé mort d’homme, on lapide une station de police. Même les enseignants du secondaire, donc a priori des diplômés d’université, votent en faveur d’une journée de désobéissance civile en signe de protestation contre une circulaire du ministère de l’éducation et réclament des excuses. On pourrait se demander s’il n’existe pas une « causal relationship » entre ces incidents et ce qui se passe dans les hautes sphères de notre société ?

-- Il y a certainement un sentiment de profond mécontentement dans le pays, plus spécialement au sein de certaines sections de la population, surtout à cause de la montée en flèche du coût de la vie ; il y a également des malaises sociaux, des frustrations, des cas d’injustices. Il y a aussi les scandales et trop de gens qui ont fait fortune du jour au lendemain. Donc on a cette impression, profondément ancrée dans l’âme mauricienne, que ce sont les astucieux, les lobbyistes, les gens qui ont des relations particulières avec la classe dirigeante qui arrivent à exploiter la situation dans leurs intérêts et par conséquent les autres sont des laissés-pour-compte. Il y aussi des tensions à l’intérieur de certaines composantes de la population, peut-être des conflits internes ont toujours existé en sourdine et qui font surface maintenant, comme l’exclusion, le castéisme, les rivalités économiques et sociales. Nous avons vu trois membres du parlement, du parti du Premier ministre, en l’occurrence MM Lormesh Bundhoo, Yatin Varma et Suren Dayal orchestrer une attaque contre Manou Bheenick, le Gouverneur de la Banque de Maurice. Certaines personnes se posent des questions sur la motivation de ces parlementaires : est-ce parce que M. Bheenick appartient à une autre caste ? Ou y a-t-il un devoir de citoyen dans la démarche de ces parlementaires ? Ils ont aussi pris à partie le ministre de l’Education (y aurait-il une mutinerie qui gronde dans les rangs travaillistes dû au retard d’un remaniement ministériel ?) mais cela, on le comprend. Il y a également les revendications populaires, parfois dénuées de fondement, mais qui déstabilisent la société.

Nous vivons dans une situation où il existe un vide énorme dans le leadership moral de l’île Maurice et c’est ce qui permet à des parasites, des prédateurs d’occuper le terrain. A ce jour aucun parti politique n’a fourni ce leadership moral. Il fut un temps où il existait des leaders intègres, d’une honnêteté à toute épreuve, comme le Professeur Bissoondoyal, le Pandit Sahadeo, G.M.D Atchia, Jules Koenig, Maurice Lesage…

Le Professeur Bissoondoyal représentait une tradition culturelle très ancienne de ce que la société devrait être. J’ai connu dans le secteur privé des gens qui avaient également cette fibre morale. Ces valeurs se sont effritées avec le temps, que ce soit dans le secteur privé, dans l’industrie, la politique ou dans le secteur public. Ce qui est grave, ce n’est pas uniquement l’effritement des normes, mais le vide vertigineux qui nous guette. Nous avons perdu nos repères et nous ne savons plus à quoi nous accrocher pour maintenir notre équilibre.

* Est-ce ce qui explique pourquoi les gens descendent dans la rue à tout bout de champ ?

-- Ils ne savent plus faire la différence entre ce qui est légal et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est moral et ce qui ne l’est pas. Donc, ils croient qu’ils peuvent se faire justice. Ils ne font plus confiance aux autorités. Pourtant nous savons que, malgré les difficultés de la situation sociale et les problèmes internes, la police abat un travail considérable. Mais on ne lui donne jamais crédit pour le travail qu’elle fait bien ; on trouve toujours le moyen de s’appesantir sur ses faiblesses. Toute institution a ses manquements, mais si nous n’accordons pas à la police le respect et la considération qu’elle mérite pour son dévouement, nous l’affaiblissons en tant qu’institution nationale et force de l’ordre et de la paix.

* Les grandes manœuvres politiques n’ont pas été enclenchées même si l’opposition essaie de faire ses choux gras de la situation actuelle. Estimez-vous que les perspectives d’avenir s’annoncent difficiles pour le gouvernement de l’Alliance sociale ?

-- Le gouvernement doit être prudent quelques fois, car dans la politique, rien n’est gagné d’avance. N’importe quelle élection est un risque que l’on prend, c’est un coup de dés. Compte tenu de cela, le gouvernement exhibe pas mal de faiblesses, des ministres non performants ou hautement contestés, l’absence de méritocratie, les nominations politiques des gens sans envergure, les carences administratives… la liste est longue. La position du gouvernement s’est graduellement détériorée car il est passé d’un stade où il disposait de tous les atouts dans son jeu lorsque l’opposition était en désarroi. Le leader de l’Opposition était à la recherche d’un premier ministrable hindou, spécifiquement un vaish, et cela l’a tourné en ridicule. Il y avait également la rumeur à l’effet que M. Bérenger se voyait beaucoup plus confortablement à Le Réduit que dans un fauteuil ministériel.

Valeur du jour, l’Opposition a eu une manne qui lui est tombée du ciel sous forme de scandales portés sur la place publique. Ces scandales vont retenir l’attention le temps que dure la mémoire populaire, et il est probable qu’on les oublie dans quelques mois. Mais il ne fait pas de doute que le gouvernement a laissé des plumes et que sa crédibilité est maintenant sujette à caution. A moins que le Premier ministre n’assume pleinement ses pouvoirs et donne une impulsion nouvelle à son gouvernement. Il s’agit aussi de mettre un peu d’ordre dans certaines institutions publiques et surtout d’avoir une main très ferme à la barre. Il est intéressant de noter que le statut du Premier ministre ne semble pas en avoir souffert. Loin de là, Navin Ramgoolam conserve la confiance et l’adulation d’une majorité de gens et je ne crois pas que cela va changer de si tôt, d’autant plus qu’il n’y a aucun candidat valable à l’horizon pouvant lui succéder comme Premier ministre. Il reste l’atout majeur du Parti travailliste et peut encore récupérer le terrain perdu par le gouvernement, mais il va falloir veiller au grain.

* La nomination du prochain Président de la République fait déjà l’objet de spéculations : des noms sont cités en remplacement de l’actuel titulaire, dont le rédacteur en chef d’un quotidien, mais aussi la possibilité du renouvellement du mandat de sir Anerood Jugnauth…

-- C’est la prérogative du Premier ministre de procéder à l’identification d’un candidat et de le proposer à l’Assemblée nationale. Il peut décider de consulter le leader de l’Opposition et finalement il y aura un vote du parlement où la majorité votera le nominé du PM. Nous savons que le futur président sera un choix politique et stratégique mais, quel qu’il soit, c’est dans nos mœurs de le respecter et l’honorer en tant que tel. Je ne voudrais pas ajouter aux spéculations courantes avec une autre hypothèse, car la décision sera prise incessamment pour le meilleur ou le pire. Ce sera une nomination politique qui renforcera la crédibilité du gouvernement ou accentuera sa faiblesse. Attendons voir. Nous serons bientôt fixés.


« Quand on voit Navin Ramgoolam s’adresser au parlement aujourd’hui, c’est un homme d’Etat qui parle ; il a gagné en maturité et en épaisseur. Il y a chez lui une confiance en soi, une sérénité, et une force de caractère et de personnalité qui le place très loin derrière tous ceux qui prétendent à sa succession… »


« On se demande comment des juges en Europe et aux Etats-Unis réagiront à l’idée qu’un contribuable qui défend la constitution de Maurice n’a pas de « locus standi ». J’estime que c’est illogique et qu’il faut repenser certains aspects de notre constitution. Il faudrait, à mon avis, introduire spécifiquement le principe de « l’intérêt public » dans notre constitution… »


« Y a-t-il un devoir de citoyen dans la démarche de MM Lormesh Bundhoo, Yatin Varma et Suren Dayal ? Ils ont aussi pris à partie le ministre de l’Education (y aurait-il une mutinerie qui gronde dans les rangs travaillistes dû au retard d’un remaniement ministériel ?) mais cela, on le comprend… »


« Nous vivons dans une situation où il existe un vide énorme dans le leadership moral de l’île Maurice et c’est ce qui permet à des parasites, des prédateurs d’occuper le terrain. A ce jour aucun parti politique n’a fourni ce leadership moral. Il fut un temps où il existait des leaders intègres, d’une honnêteté à toute épreuve… »


« Même le Premier ministre et ses ministres sont obligés de fournir des explications au parlement sur leurs prestations. Nous avons les PNQs, les PQs, toutes sortes de procédures démocratiques pour forcer le gouvernement à révéler les tenants et aboutissants de ses décisions. Le DPP est le seul officiel qui agit dans un vase clos, avec une opacité inquiétante… »


« Le Premier ministre a raté l’occasion de remanier son Cabinet. Cela constitue une erreur capitale de n’avoir pas remanié son équipe ministérielle trois ans après l’accès de l’Alliance sociale aux rênes du pouvoir… Parce qu’il y a des ministres non performants et une lassitude évidente chez d’autres qui ne peuvent plus gérer leur portefeuille selon l’attente de la population… »


« nous privilégions les scandales et les dessous malsains de la politique, surtout à cause d’une couverture médiatique qui nous laisse aucun répit. A voir avec quel acharnement nous aimons nous tirer dans les pieds, l’on peut se demander si nous ne sommes pas en proie à un masochisme larvé… »


« M.Cunningham s’est laissé aller à un défoulement intempestif pour livrer ses états d’âme en pâture à un public avide de sensations. Il a voulu éclairer d’une lumière blafarde toute la société mauricienne, que beaucoup de mauriciens ne peuvent accepter sans un sursaut de révolte… »


« Le Premier ministre, en somme, n’avait pas d’autre option que de refuser une commission d’enquête pour la bonne et simple raison que n’importe quel Premier ministre doit, en toutes circonstances, rester maître du terrain. Navin Ramgoolam ne pouvait pas paraître prendre des directives soit de M. Cunningham soit de M. Bérenger… »


« en se laissant aller à des déclarations fracassantes, en s’attaquant aux institutions et en lançant des accusations à droite et à gauche, M. Cunningham a fini par banaliser des affaires très sérieuses qui auraient dû pu faire l’objet d’une commission d’enquête de haut niveau… »


« Le gouvernement doit être prudent quelques fois, car dans la politique, rien n’est gagné d’avance. N’importe quelle élection est un risque que l’on prend, c’est un coup de dés. Compte tenu de cela, le gouvernement exhibe pas mal de faiblesses, des ministres non performants ou hautement contestés… »


« Le gouvernement a laissé des plumes et que sa crédibilité est maintenant sujette à caution. A moins que le Premier ministre n’assume pleinement ses pouvoirs et donne une impulsion nouvelle à son gouvernement. Il s’agit aussi de mettre un peu d’ordre dans certaines institutions publiques et surtout d’avoir une main très ferme à la barre… » 

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