ONLINE ISSUE No: 227

Friday 18 August 2006

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QUOTE OF THE WEEK
n my experience, the worst thing you can do to an
 important problem is discuss it.
                                                       -- Simon Gray

 

 

Education et langues : Pour sortir du sectarisme  

-- Vina BALLGOBIN

Plusieurs définitions nouvelles sont apparues durant ces dernières années pour expliquer la complexité de l’enseignement/apprentissage des langues en contexte plurilingue et pluriculturel. Certaines recherches se concentrent sur le continent africain, d’autres sur le continent européen ou asiatique. Il va sans dire que ces définitions doivent être utilisées dans les limites des réalités propres de Maurice, de son peuplement et de sa configuration sociale et culturelle.

1. Le milieu informel

Un enfant apprend une langue dans le contexte familial et dans le milieu qu’il fréquente tous les jours. Il existe la  « MT : Mother Tongue », aussi nommée «local/familiar language». C’est la langue de l’environnement immédiat de l’enfant. C’est la langue qu’il comprend mieux que les autres langues de son entourage.

A part la langue maternelle, un enfant peut avoir plusieurs « L1 : first language »,  aussi nommée « home language » et « language of the home ».  Par ailleurs, l’enfant est exposé dans son milieu à une/des langue/s de communication plus étendue. C’est le « LWC : Language of Wider Communication ».

2. Le milieu scolaire

Un enfant peut aussi apprendre sa « langue maternelle » dans le milieu formel, à l’école par exemple. Les pédagogues tendent à utiliser la terminologie « local and familiar languages ». Cela reflète le grand nombre de langues coexistant dans le milieu de l’enfant. Dans ces conditions, il est difficile d’accorder à chaque enfant une instruction scolaire dans sa langue maternelle [connue comme « MTE (Mother Tongue Education) »]. Dans ce cas, il vaut mieux que le médium d’instruction soit une langue de la communauté avec laquelle l’enfant est familiarisé d’une façon ou d’une autre.

Il existe d’autres possibilités. Parfois, c’est le « OL: Official Language”, la langue définie légalement comme tel. Parfois, c’est le “NL: National Language”, la langue nationale qui est utilisée en contexte scolaire. De plus en plus, pris isolément, ces termes ne répondent plus aux aspirations de la nation. Une langue officielle peut être étrangère pour un certain nombre d’apprenants mais elle peut être présente dans le pays depuis plus de 100 ans et  conserve contre vents et marées un statut officiel.

De plus en plus, l’on constate des transformations au niveau des pratiques langagières. Par exemple, dans certains pays, la population parlait une L1/langue maternelle (une langue locale) et la génération suivante identifie la langue officielle du pays comme étant sa langue maternelle/sa L1. Par exemple, à Maputo et au Luanda, la L1 est le portugais. Le français est la L1 à Dakar. L’anglais est la L1 à Johannesburg et à Nairobi.Les chercheurs de l’ADEA, depuis mars 2006, préconisent l’utilisation de la terminologie: O/FL - Official/Foreign Language au lieu des deux termes séparément.

Les langues peuvent avoir deux fonctions distinctes en milieu scolaire. Il faut faire la distinction entre les langues apprises et le/les médium d’instruction. « L2 : Second language » est la deuxième langue apprise en contexte scolaire officiel (formel). Cela exclut les langues apprises en dehors de l’école de manière informelle. Un enfant peut apprendre plusieurs langues en contexte scolaire avec des objectifs différents ou similaires pour chaque langue.

De plus en plus, les pédagogues parlent de “bilingual education”. Dans le passé, cela signifiait apprendre deux langues comme deux matières séparément. Cela pouvait être une L1 et une L2 (qui est aussi le medium d’enseignement). La “LoI: Langue de l’instruction » est aussi appelée MoI (medium d’instruction) et MoE (medium d’éducation). Les pédagogues ont rajouté un nouveau terme en 2006 (ADEA, mars 2006) – c’est le LOLT: Language of Learning and Teaching ou la langue de l’enseignement/apprentissage, ce qui a l’avantage de mettre l’accent sur les deux processus en oeuvre à l’intérieur de la classe pour une compréhension et une assimilation effective et efficace du contenu enseigné.

Dans certains pays, l’éducation bilingue signifie l’instruction scolaire dans la langue maternelle et une L2 enseignée comme une matière. A la fin de son parcours scolaire, l’enfant doit avoir un niveau aussi élevé en L2 que dans sa langue maternelle. Il existe deux modèles: “early-exit transitional model” (l’enseignement a lieu dans une L1 pour un court laps de temps et dure au maximum 3 ans) et “late exit model” (l’enseignement a lieu dans une L1 pour environ 6 ans). Les anciennes colonies britanniques ont expérimenté le premier modèle depuis longtemps. Les colonies francophones ont démarré ces expériences récemment.

Les pédagogues parlent aussi de “Subtractive Education Model” et “Additive (bilingual) Education models”. Dans le premier modèle, les « local and familiar languages » sont exclues (interdites) du système éducatif et n’existent pas comme matières d’enseignement. Dans le deuxième modèle, l’objectif visé est un niveau élevé de compétence dans les deux langues (la langue locale et la langue officielle, médium d’instruction). Cela peut être une compétence orale et/ou écrite. L’enseignement des langues locales a des visées spécifiques sur le continent africain car il s’agit d’alphabétiser les populations en masse (initial literacy). Ce choix est aussi fait pour des raisons culturelles/identitaires (par rapport aux curricula qui ont été totalement calqués sur le modèle de l’ex-pays colonisateur) et pour le respect des droits individuels et humains.

Vina BALLGOBIN

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