ONLINE ISSUE No: 316

Friday 09 May 2008

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QUOTE OF THE WEEK
"The battle, sir, is not to the strong alone; it is to the vigilant, the active, the brave."
-- Patrick Henry

 

 

Interview: Cader Sayed-Hossen

« Pravind Jugnauth se rapproche certainement des conditions pour une alliance »

* « La seule alternative que présente l’opposition à Navin Ramgoolam est une non-alternative qui se nomme Paul Bérenger »

Cader Sayed-Hossen, président de la commission pour la démocratisation de l’économie, trouve que le sondage politique, économique, social est devenu un lieu commun, une banalité. C'est le cadet des soucis de l'Alliance sociale, bien plus axée sur l'avancement du pays. Des propositions hors de saison, que ce soit sur la langue mal reconnue, sur le "come back" magistral de tel chef de parti, ou sur le fait de déplumer telle classe sociale n'affectent plus un régime bétonné… 

Mauritius Times : Je suppose que le succès remporté par l’Alliance sociale pour son meeting du 1er mai vous a réconforté – on a pu limiter la casse malgré les moments difficiles que connaissent les Mauriciens dans leur quotidien, n’est-ce pas? 

Cader Sayed-Hossen : Comment pouvez-vous parler de « limiter la casse » quand l’Alliance sociale a mobilisé plus de 12,000 personnes à Vacoas le 1er mai dernier ? Mobiliser une telle foule, cela ne s’appelle pas limiter la casse. Cela s’appelle un soutien non équivoque et indiscutable de la population au Premier ministre. Les Mauriciens passent certes par des moments difficiles et nous sommes nous-mêmes les premiers à le reconnaître et à le dire publiquement. Mais nous passons beaucoup de temps à expliquer à la nation les origines de ces difficultés et leur nature exogène à la gouvernance nationale. Et cela, la population le comprend très bien, car c’est une population informée et éclairée.

Ceci dit, la foule que notre meeting du 1er mai a attirée était non seulement impressionnante en elle-même, mais elle a dépassé largement en nombre la somme des foules réunies par le MMM à Rose Hill et par le MSM à Port Louis. La logique politicienne, la conventional wisdom si vous voulez, surtout en période de difficultés, veut qu’à mi-mandat l’opposition commence à prendre un certain ascendant dans l’environnement politique. Souvenez-vous en, en 2003 à mi-mandat du gouvernement MSM-MMM de 2000-05, le Parti travailliste seul a battu à plate couture  l’alliance MSM-MMM aux élections partielles de Rivière du Rempart.

Or, que voyons-nous à mi-mandat de notre gouvernement ? Une foule considérable et enthousiaste qui est venue clamer son soutien au Dr Navin Ramgoolam. Comme je vous l’ai dit, cela ne s’appelle pas limiter la casse, mais bien au contraire, un soutien non équivoque et indiscutable au Premier ministre. Et je vous parie déjà que nous ferons encore mieux pour notre meeting du 1er mai 2009. 

* Cependant croiriez-vous, M. Sayed-Hossen, que cette foule rassemblée à Vacoas constitue un désaveu des sondeurs qui affirment que 69% des Mauriciens ne sont pas satisfaits de la performance économique du pays ? 

-- En termes de sondage et d’opinion de presse, Maurice est un pays très particulier, comme vous le savez. Quel crédit accorder à une presse soi-disant indépendante quand cette presse prend de manière à peine subtile et à peine déguisée des positions partisanes ? Quel crédit intellectuel accorder à une presse soi-disant indépendante quand elle clame haut et fort des prises de position qui sont purement idéologiques, mais masquées dans un verbiage pseudo-intellectuel et tartinées de pseudo-technique, et tout ceci  tout en prétendant qu’elle ne fait pas dans l’idéologie ?

Par ailleurs, qu’ont sondé ces sondeurs ? La performance économique ? Elle est plus qu’excellente, elle est démontrée par les chiffres, elle est objective et factuelle et ne dépend nullement ni de la perception que peut déceler un sondage ni de l’appréciation d’un individu, aussi savant soit-il. La qualité de la vie matérielle ? Le Premier ministre est le premier à reconnaître que le pays passe par des moments difficiles. What is the big deal dans ces sondages ? Alors soyons plus directs, si ces sondeurs voulaient dire que 69% des Mauriciens ne sont pas satisfaits de la qualité matérielle de leur vie et qu’ils sont, par extension, pas satisfaits du gouvernement, ils se trompent totalement et la foule de Vacoas le 1er mai est alors tout à fait un désaveu cinglant de leurs déductions.

De toute façon, l’action de l’Alliance sociale et du Parti travailliste est guidée non par des sondages et des sondeurs, mais par les valeurs et les principes qui sous-tendent notre action depuis plus de 70 ans et notre soutien vient de cette grande masse de la population auprès de laquelle nous nous sommes positionnées résolument et sans défaillir depuis plus de 70 ans. Qu’y a-t-il d’autre qui ait de l’importance ? 

* Vous connaissez sans doute les raisons de mécontentement des Mauriciens. Ça va-t-il durer longtemps encore ces moments pénibles pour les consommateurs?  

-- Je vous donnerai en toute sérénité mon avis personnel. Ce que vous appelez ces moments pénibles est surtout lié à la cherté de la vie. Nous savons tous très bien que ce renchérissement considérable des biens de consommation est global et universel. Il est lié à l’augmentation du coût de bon nombre de matières premières, dont le pétrole, le blé, le maïs, le riz, les métaux – et en conséquence, de nombre de produits dérivés et de produits manufacturés. Le président de l’OPEP a déclaré cette semaine qu’il prévoit un risque que le prix du baril de pétrole atteigne 200 dollars sous peu. Nous savons aussi que la production alimentaire mondiale est déficitaire par rapport aux besoins – surtout que de très gros producteurs comme les Etats-Unis utilisent des matières premières alimentaires pour produire non plus des aliments mais du bio-carburant.

La somme totale de tout cela ne peut pas être positive pour nous, qui dépendons des importations pour notre alimentation. Elle résultera forcément en des situations où la demande excèdera largement l’offre et en des augmentations de prix en conséquence. Ajoutez à cela l’augmentation mondiale du coût de l’énergie et du fret, et voyez vous-même le résultat. Nous savons, en outre, que nos ressources nationales ne peuvent nullement compenser les pénuries ou remplacer des importations.

Alors, je pense que ces moments pénibles vont continuer pendant encore un bon bout de temps. Combien de temps ? Nul ne peut vraiment le prédire, car nous ne contrôlons pas les composantes du puzzle de la production et du commerce mondial.

L’opposition peut essayer d’avoir le beau jeu en critiquant l’Alliance sociale pour cette situation, mais qu’on se le dise très clairement: l’opposition n’a pas de solution à ce problème, et si elle essaye de jouer au jeu de l’alternative viable, ce serait de la démagogie non seulement petite, mais surtout dangereuse. 

* Donc  le gouvernement n’y peut rien dans la situation actuelle et il va falloir attendre la publication du PRB pour un début de soulagement ?  

-- Mais que voulez-vous que le gouvernement fasse pour faire baisser le prix du pétrole, du riz, de la farine, du maïs, du fer et du fret, etc., alors que nous n’avons pas un seul puits de pétrole, pas une seule rizière, pas un seul champ de blé, pas une seule plantation de maïs, ni de mine de fer et ni de navire marchand ? Nous l’avons dit et redit: nous établissons les contrôles institutionnels et régulatoires pour éviter les dérapages mercantilistes, nous contrôlons les prix là où c’est possible et souhaitable, nous apportons de profondes réformes systémiques dans la structure de l’économie pour relancer la croissance et créer des emplois et les résultats sont déjà là, nous prenons des mesures draconiennes pour assurer la protection des plus vulnérables d’entre nous, nous créons les conditions pour que la nation puisse faire face à la vie chère. Encore une fois, l’Opposition n’est nullement une alternative viable et ses propositions ne peuvent qu’être de la démagogie.

La publication du PRB sera certainement un soulagement dans la mesure où celui-ci sera, comme il l’a toujours été, un ré-alignement des conditions de travail sur la valeur du travail et le coût de la vie. 

* C’est connu que certains de vos amis au sein du gouvernement sont contre le contrôle des prix, mais estimez-vous que la State Trading Corporation est en train de remplir son rôle efficacement pour la protection des gens moins fortunés tout en assurant un équilibre sur le marché local ?

-- La State Trading Corporation a bon dos, comme le disent les Français. Il est devenu de bon ton dans un certain milieu bien pensant et qui se croit détenteur de toutes les vérités de mettre tous les déboires sur le dos de la State Trading Corporation. Ces mêmes détenteurs de la sublime vérité ont tapé sur la STC pour le lait Amul, et ont ensuite demandé, quand le lait est venu à manquer, pour quelles raisons la STC n’importait pas de lait ; ils ont tapé sur la STC à propos de la farine en provenance de la Chine, et crient maintenant contre la qualité de la farine importée d’ailleurs. Ces mêmes détenteurs de la sublime vérité ont poussé de tels cris d’alarme que la population en est arrivée à ne pas faire confiance au lait Amul, et a hurlé d’horreur rien qu’à  la perspective de consommer de la farine chinoise, même si cette même population consomme gaiement du ghee indien, du daal indien et du riz chinois et plein d’autres choses chinoises. Où est la logique de telles prises de position ? Où en est la rationalité ? Il n’y en a pas.

Le rôle de la STC n’a jamais été d’assurer un équilibre sur le marché local. Le rôle de la STC est d’assurer notre approvisionnement en des denrées et des matières dites stratégiques, dont l’essence, le mazout, le gaz, le riz ration, la farine, l’huile, le ciment, etc. Cela fait très longtemps que notre modèle économique basé sur l’initiative privée s’est imposé. Et le commerce a toujours été une affaire privée, une affaire de marché. Mais, les intérêts commerciaux privés et les faiseurs d’opinion ne peuvent pas jouer sur les deux tableaux à la fois, en criant au scandale contre l’ingérence de la STC quand les affaires sont bonnes pour le secteur privé, quand le soleil brille, et de venir dire, quand le soleil ne brille plus, que c’est du ressort de la STC d’approvisionner le pays en toutes sortes de produits.

A ce train, si demain le marché manque de poutou ou de mourkou, on viendra dire que c’est la STC qui en est responsable en n’ayant pas fait de prévision adéquate de la consommation de poutou et de mourkou.  

* Les consultations pré-budgétaires vont débuter incessamment, et vous vous attendez sans doute à ce que le ministre des Finances fasse preuve de moins de rigidité dans l’élaboration des mesures budgétaires, n’est-ce pas ? Ou pensez-vous que c’est trop tôt pour ‘largue ceinture’ ?

 

-- La première question, il faut la poser au Ministre des Finances. Quant à la seconde question, permettez moi de répondre par une autre question: y a-t-il eu vraiment de « serre ceinture » pendant ces trois dernières années ? Attention, je ne dis pas qu’il n’y ait pas eu de problème. J’ai dit plus tôt que le Premier ministre est le premier à reconnaître les difficultés auxquelles la population est confrontée. Mais, il n’y a pas eu de politique de restreindre les dépenses de l’Etat visant à alléger le fardeau de la population.

Bien au contraire, le gouvernement de l’Alliance sociale a introduit le transport gratuit pour les écoliers, collégiens et étudiants ainsi que pour les personnes du troisième âge et les handicapés, a presque doublé les subventions et les subsides pour pallier les augmentations de prix d’origine du pétrole, du riz, de la farine, de l’huile et du gaz, a considérablement augmenté les budgets de la santé gratuite, de l’éducation gratuite, de la sécurité sociale qui apporte une protection indispensable aux moins favorisés d’entre nous. Vous appelez cela « serre ceinture » ?

L’histoire le retiendra et l’honorera: le gouvernement de l’Alliance sociale a réalisé la tâche colossale d’avoir remis sur les rails une économie qui avait été dévastée par le précédent gouvernement MSM-MMM, d’avoir remis le pays à flot, d’avoir restauré la confiance des investisseurs, d’avoir enclenché des réformes profondes dans la structure économique pour faire face aux défis à venir, et d’avoir en même temps protégé la population, y compris les plus vulnérables, tout cela dans un climat économique international très difficile et presque imprévisible.

 

* Les syndicalistes eux réclament l’abolition de la NRPT et la taxe sur les intérêts bancaires, chose promise déjà par l’opposition lorsqu’elle se retrouvera au pouvoir, dit-elle. Les syndicalistes ont, sans doute, raison, n’est-ce pas?

 

-- N’oubliez pas que Paul Bérenger était encore Premier ministre et Pravind Jugnauth ministre des Finances quand ils ont annoncé dans leur Budget 2005-2006, qu’ils ont présenté en avril 2005, deux mois avant les élections générales, qu’ils allaient faire de Maurice un « no tax island ». N’oubliez pas non plus que le MMM promet depuis 30 ans de passer un Equal Opportunities Bill. N’oubliez pas le burlesque de leur Competition Bill. Alors, vous savez, les choses promises par l’opposition… parlons plutôt de choses sérieuses.

Bien sûr, les syndicalistes pensent qu’ils ont raison de réclamer l’abolition de la NRPT et de la taxe sur les intérêts bancaires. Le contraire aurait été étonnant. C’est leur responsabilité, leur job et leur mandat de faire des revendications qu’ils pensent être au profit de leurs membres et de leur corporation. Mais, vous savez que les syndicats et le gouvernement, quel qu’il soit, n’ont pas les mêmes finalités. C’est justement le MMM qui s’est complètement fourvoyé en s’étant toujours appuyé sur les syndicats pour arriver au pouvoir et en les abandonnant totalement une fois au pouvoir. N’oubliez pas que Paul Bérenger, quand il était ministre des Finances, n’a jamais participé, pas une seule fois, aux négociations tripartites.

Oui, les syndicats ont raison de faire leur travail. Le gouvernement de l’Alliance sociale a aussi raison de faire porter le fardeau fiscal équitablement par les différentes catégories de contribuables. D’une part, la NRPT et la taxe sur les intérêts bancaires ont joué un rôle compensatoire, ce qui a permis d’exclure du filet fiscal des dizaines de milliers de travailleurs et d’employés de la classe moyenne, qui payaient des impôts avant 2006 et qui n’en paient plus maintenant. Ces taxes, la NRPT et la taxe sur les intérêts bancaires, touchent surtout les riches, et il est normal que les riches paient des impôts. C’est ce que j’appelle une répartition équitable du fardeau fiscal.

Alors, a word of caution à mes amis syndicalistes: réclamer l’abolition de la NRPT et de la taxe sur les intérêts bancaires, ce n’est pas forcément défendre les intérêts des travailleurs, mais ceux des gens fortunés, des patrons si vous voulez. Mais à eux de définir leurs vraies priorités. 

* L’appréciation de la roupie fait toujours débat, et certains exportateurs dans le secteur textile font appel à plus de considération de la part du gouvernement par la voix de Georges Chung Tick Kan, qui affirme que « l’appréciation de la roupie ne fait que rabaisser fortuitement les prix à l’importation de manière temporaire et en trop faire usage tuera tout simplement la vie économique des exportations ». Etes-vous satisfait de la gestion de la politique  du taux de change de la Banque centrale ? 

-- Comme très souvent, par ailleurs, nous voici jouant au jeu de « pile je gagne, face tu perds ». Sachez aussi que, il n’y a pas très longtemps, un baron sucrier, aussi baron de pas mal d’autres choses, disait le plus sérieusement du monde au cours d’une grande réunion à la Banque centrale que la Banque centrale devait absolument adopter une politique de dépréciation systématique de la roupie (en proposant même un quantum de dépréciation) chaque année afin de compenser la hausse des coûts de production du sucre… Et par ailleurs, les institutions du secteur privé telles que le Joint Economic Council réclament le level playing field, whatever that means, et dénoncent l’intervention de l’Etat dans le fonctionnement de l’économie. Alors, which is which ?

La Banque centrale est une institution indépendante du gouvernement, dirigée par une équipe compétente, avec à sa tête, un Gouverneur compétent. L’orientation générale de notre politique monétaire, depuis quelque temps, a été de laisser jouer le marché. L’excellente performance de notre économie depuis deux ans a entraîné une appréciation de notre monnaie, surtout par rapport au dollar américain, qui s’est trouvé affaibli pour diverses raisons. Une politique monétaire ne peut pas être décidée ni orientée par des considérations à sens unique, c.à.d. ou seulement pour renforcer la compétitivité de nos exportations ou uniquement pour maintenir le pouvoir d’achat local dans un pays fortement dépendant d’importations comme le nôtre.

La remarque de mon ami Georges Chung laisse supposer que l’appréciation de la roupie est fortuite, donc presque artificielle. Faux. Il déclare que c’est temporaire. Georges Chung ne peut pas lire dans une boule de cristal, et moi non plus. Il parle aussi de « trop en faire usage », ce qui laisse supposer une intention délibérée de politique d’appréciation de la roupie, indépendamment de la performance générale de l’économie. Faux encore.

Evidemment, la Banque centrale ne pourra pas laisser totalement libre cours au marché et laisser dériver la roupie, dans un sens ou un autre. Il ne peut être question ni de roupie forte ni de roupie faible, mais d’équilibre entre les différentes obligations – celle d’assurer la compétitivité de nos exportations comme celle d’assurer que les prix des produits importés ne dépassent pas le seuil du tolérable. Et là, la Banque centrale a un rôle et un devoir d’intervention qu’elle assumera certainement quand elle le jugera opportun.

* On a parlé au début de la performance de l’Alliance sociale lors du rassemblement du 1er mai. L’opposition a aussi démontré qu’elle peut, malgré ses divisions, être efficace. Quelle opinion faites-vous de la force des principales formations politiques sur l’échiquier après ce 1er mai ?

 

-- Comme vous le dites, nous en avons parlé au début de notre entretien. Si l’opposition a aussi su être efficace ? Mais là n’est pas la question. La vraie question porte sur le degré de satisfaction ou d’insatisfaction de la nation vis-à-vis du gouvernement au pouvoir, c-à-d. l’Alliance sociale. Comme je vous l’ai dit, nous avons attiré à Vacoas, une foule plus nombreuse que les foules du MMM et du MSM réunies. Ceci démontre de manière éclatante  que la nation fait confiance à Navin Ramgoolam – en dépit des difficultés de la vie, que reconnaît par ailleurs le Premier ministre, comme je l’ai aussi dit.

Dans n’importe quel autre cas de figure, l’opposition aurait dû faire un score beaucoup plus important. Mais il est clair que la nation réitère sa confiance en Navin Ramgoolam, que l’Alliance sociale reste solidement aux commandes et que le Parti travailliste reste de loin le plus grand parti politique du pays. 

 

* Pravind Jugnauth, comme vous le savez, semble avoir apporté une modification majeure dans son option premier ministérielle : ce n’est plus le poste de Premier ministre qui compte, mais l’élément de confiance qui doit primer dans tout partenariat. Se rapproche-t-il maintenant des conditions de l’Alliance sociale ?

 

-- En effet, Pravind Jugnauth place sa propre barre moins haut et semble ainsi être beaucoup plus raisonnable. L’assouplissement de sa position est évidemment très intéressant à observer politiquement et tout politologue se ferait une joie de disséquer la manœuvre et d’essayer d’en déduire les causes et l’issue. Je ne sais pas s’il se rapproche des conditions de l’Alliance sociale, mais il se rapproche certainement des conditions pour une alliance.

 

* Avec qui ?

 

-- L’avenir nous le dira.

 

* Pravind Jugnauth parle aussi du retour du « guide spirituel » en la personne de Sir Anerood dans le giron politique, du moins dans celui du MSM, pour bientôt. Quel effet cet éventuel retour aura-t-il sur les équations politiques, selon vous ?

 

-- Sir Anerood est certainement un monstre sacré de la scène politique nationale, une figure politique d’importance historique et capitale. Mais puisque vous parlez d’équation politique, parlons donc de politique. Qu’on le veuille ou pas, sir Anerood, sans être totalement un has been, n’est plus la même bête politique qu’il a été dans les années 1980 et 1990. En devenant Premier ministre en 2000, il a pratiquement abdiqué alors même, laissant déjà à Paul Bérenger l’initiative de décider des orientations gouvernementales de son gouvernement, alors que celui-ci n’était que ministre des Finances. C’est ce qui a permis les dérives ultra-libérales que nous avons vues entre 2000 et 2005. Malgré tout son poids politique, il n’a pu empêcher la débâcle du candidat MSM aux élections partielles de Rivière du Rempart en 2003, quand il a démissionné pour devenir Président de la République. La dignité d’Etat ne lui permettra probablement pas de faire de la politique active après avoir été Président de la République, et, si toutefois, il refait de la politique active, il se cantonnera vraisemblablement dans un rôle d’éminence grise. Alors, en quoi voulez-vous que cela affecte la donne politique dans un environnement où la vedette absolue est Navin Ramgoolam ? En termes clairs, l’effet d’un retour de sir Anerood en politique active sera insignifiant. Sauf que cela le fatiguera inutilement.  

Et vous avez lu les déclarations du MMM sur sa prochaine winning formula ? Cette winning formula, après avoir été une litanie de diverses décoctions composées, dans des proportions variées,  des Alan Ganoo, Jayen Cutaree, Alan Ganoo, Sam Lauthan, Madun Dulloo, Ashock Jugnauth et autres, Ramjuttun aussi ayant essayé d’y placer provisoirement son portrait, est maintenant Paul Bérenger à lui tout seul.

Alors, la seule alternative que présente l’opposition à Navin Ramgoolam est une non-alternative qui se nomme Paul Bérenger.


* Le Père Grégoire a réussi son pari pour le 1er mai. Paul Bérenger disait que c’était le « cheval de Troie » de l’Alliance sociale; maintenant il dit son accord avec les revendications de Jocelyn Grégoire. Que décodez-vous dans ce changement de position du leader du MMM? 

-- Paul Bérenger est un homme tellement imprévisible. Il a toujours sauté sur tous les bandwagons, surtout de nature communale, où il a pensé pouvoir trouver un avantage politique. Alors, son changement de position ne m’étonne nullement. La stratégie de communalisme dit scientifique de Paul Bérenger (en langage moderne et simple, on dirait sa stratégie d’essayer de tirer des bénéfices politiques des moindres divisions et fragmentations de la société mauricienne) ne lui permet pas de se mettre à dos un groupement, un mouvement, somme toute, assez important, de revendication créole – une communauté dont il puise l’essentiel de sa force électorale, disons le, sans fausse pudeur.

Comme Paul Bérenger s’est proclamé depuis longtemps, et souhaite être perçu comme tel, le défenseur et le représentant politique unique et légitime de la communauté créole (comme il a aussi voulu l’être par rapport à la communauté musulmane, jusqu’ à sa déconvenue finale), il ne pouvait pas, au départ, accepter la concurrence au sein de la communauté créole que représentait le Père Grégoire. Le Père Grégoire vient chasser sur son territoire et son premier réflexe a été d’en chasser l’intrus. Mais, malheureusement pour lui, l’intrus Père Grégoire n’est pas un homme qu’on abat facilement. Alors, if you cannot beat them, join  them. N’ayant pu discréditer le Père Grégoire, et compte tenu que le Père Grégoire a une crédibilité certaine auprès de ladite communauté créole, à en juger, entre autres par la foule qu’il a attirée le 1er mai, cela aurait été suicidaire pour Paul Bérenger de continuer à s’opposer au Père Grégoire. Alors, il essaie de récupérer le mouvement grégoiriste en faisant siennes les revendications du prêtre.  

* Est-ce que ces revendications du Père Grégoire vous rendent mal à l’aise, surtout en ce qui concerne la question de quota dans l’emploi dans le service public et l’utilisation du créole comme médium d’enseignement? 

-- Laissez-moi commencer par le créole. Le créole est déjà largement utilisé comme medium d’enseignement secondaire, dans le sens où, très souvent, les side-explanations dans les cours, surtout au niveau du primaire, sont données en créole. Cela facilite la compréhension des matières par nombre d’enfants en bas âge. Mais de là à en faire un medium d’enseignement, ce serait un suicide académique et une fantaisie coûteuse. Le créole est une langue culturelle et de communication largement orale dont nous sommes tous héritiers et tous fiers. Mais, elle n’est pas, du moins pas encore, une langue académique, conceptuelle et analytique. Dites-moi seulement comment écrire en créole la description d’une réaction chimique entre un métal et un acide… En plus, maîtriser les concepts scientifiques ou économiques ou d’affaires en créole et non plus en anglais ou en français sera non seulement difficile, mais, en outre, ne fera que nous placer dans un ghetto géographico-intellectuel et ne nous offrira aucune possibilité d’ouverture sur le monde. Alors que le monde s’ouvre, souhaitons-nous vraiment nous renfermer dans une coquille culturelle au seul nom de la mémoire ?

En ce qui concerne les quotas, on ne peut pas être un ardent défenseur de la méritocratie et de l’obligation de l’Etat et de la société civile à offrir des opportunités égales à tous, sans considération de race, de religion, de couleur et d’appartenance ethnique, comme je le suis, et être en même temps pour un système de quotas. Je suis contre les quotas et préfère nettement la position du Père Grégoire quand il a déclaré au Champ de Mars, il y a de cela quelque temps, que le meilleur créneau de promotion sociale pour les créoles, comme pour tout le monde d’ailleurs, est l’éducation. C’est l’éducation qui a permis à une grande partie de nos compatriotes de sortir des champs de canne et de travailler dans la fonction publique, d’obtenir des emplois de management dans le secteur privé, de siéger au Parlement, de devenir avocats, juges, diplomates, médecins, ingénieurs etc – tout cela en l’espace d’une génération. Il s’agit là surtout des Mauriciens d’origine asiatique. Ce qui a marché pour ces Mauriciens-là peut aussi marcher pour tout le monde.

Cependant, offrir des opportunités égales à tout le monde quand il y a déjà au départ un déséquilibre majeur entre groupes et catégories sociaux ne représente pas une solution. Certaines catégories sociales, dont la communauté créole, ont accusé malheureusement un retard au niveau de l’éducation et de la formation et nul gouvernement ne peut ni l’ignorer ni en faire abstraction. Le devoir de tout gouvernement est non seulement d’assurer la méritocratie, mais aussi d’attaquer par des actions et des programmes spécifiques et focalisés tout déséquilibre, tout dysfonctionnement du système de distribution de ressources publiques, dont l’accès à l’éducation et à la formation, les emplois, la protection sociale etc.

Mais demander un système de quotas pour pallier les déséquilibres ne résout nullement le problème. Il y a plutôt un très gros effort à faire en ce qui concerne la mise en place de stratégies spécifiques pour activer l’intégration de l’éducation par et la promotion sociale et économique des groupes sociaux défavorisés, dont un nombre important de personnes de la communauté créole.      

* Comment ? Par le ciblage par exemple ?

 

-- Certainement pas. Je me suis déjà exprimé sur cette question, même si ce n’était pas dans votre journal. La politique sociale de l’Etat mauricien, dont font partie la santé gratuite, l’éducation gratuite, la sécurité sociale et les subsides divers constitue non seulement une protection sociale, mais est aussi une forme déguisée de income support, largement nécessaire dans un pays comme le nôtre, où tout le monde s’accorde à dire que le niveau des salaires est dramatiquement bas. Mais ceci est un autre débat en lui-même.

Nous souffrons trop à Maurice de la maladie de la langue de bois et de la fausse pudeur. Tout comme, s’il faut s’attaquer à la pauvreté, il faut des actions spécifiques visant spécifiquement à diminuer et éventuellement à éradiquer la pauvreté, toute tentative de sortir une catégorie sociale spécifique d’une situation de déséquilibre social et économique doit spell out les données du problème spécifique, même, si cela est nécessaire avec des mots qui font mal, et intégrer dans l’action sociale non seulement l’Etat, mais aussi les groupes sociaux, religieux, culturels ainsi que le secteur privé. Ceci est vrai pour la promotion sociale de la communauté créole tout comme pour celle de n’importe quel autre groupe.


« Si toutefois, SAJ refait de la politique active, il se cantonnera vraisemblablement dans un rôle d’éminence grise. Alors, en quoi voulez-vous que cela affecte la donne politique dans un environnement où la vedette absolue est Navin Ramgoolam ? En termes clairs, l’effet d’un retour de sir Anerood en politique active sera insignifiant. Sauf que cela le fatiguera inutilement… »


« A word of caution à mes amis syndicalistes: réclamer l’abolition de la NRPT et de la taxe sur les intérêts bancaires, ce n’est pas forcément défendre les intérêts des travailleurs, mais ceux des gens fortunés, des patrons si vous voulez. Mais à eux de définir leurs vraies priorités… »


« Les Mauriciens passent certes par des moments difficiles et nous sommes nous-mêmes les premiers à le reconnaître et à le dire publiquement. Mais nous passons beaucoup de temps à expliquer à la nation les origines de ces difficultés et leur nature exogène à la gouvernance nationale. Et cela, la population le comprend très bien, car c’est une population informée et éclairée… »


« Sir Anerood est certainement un monstre sacré de la scène politique nationale, une figure politique d’importance historique et capitale. Mais puisque vous parlez d’équation politique, parlons donc de politique. Qu’on le veuille ou pas, sir Anerood, sans être totalement un has been, n’est plus la même bête politique qu’il a été dans les années 1980 et 1990… »


« Ces moments pénibles vont continuer pendant encore un bon bout de temps. Combien de temps ? Nul ne peut vraiment le prédire, car nous ne contrôlons pas les composantes du puzzle de la production et du commerce mondial. L’opposition peut essayer d’avoir le beau jeu en critiquant l’Alliance sociale pour cette situation, mais qu’on se le dise très clairement: l’opposition n’a pas de solution à ce problème… »


« Pravind Jugnauth place sa propre barre moins haut et semble ainsi être beaucoup plus raisonnable. L’assouplissement de sa position est évidemment très intéressant à observer politiquement et tout politologue se ferait une joie de disséquer la manœuvre et d’essayer d’en déduire les causes et l’issue. Je ne sais pas s’il se rapproche des conditions de l’Alliance sociale, mais il se rapproche certainement des conditions pour une alliance… »

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