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Interview:
Cader Sayed-Hossen
« Pravind
Jugnauth se rapproche certainement des conditions pour une
alliance »
*
« La seule alternative que présente l’opposition à
Navin Ramgoolam est une non-alternative qui se nomme Paul Bérenger »
Cader
Sayed-Hossen, président de la commission
pour la démocratisation de l’économie, trouve que le
sondage politique, économique, social est devenu un lieu
commun, une banalité. C'est le cadet des soucis de
l'Alliance sociale, bien plus axée sur l'avancement du
pays. Des propositions hors de saison, que ce soit sur la
langue mal reconnue, sur le "come back" magistral
de tel chef de parti, ou sur le fait de déplumer telle
classe sociale n'affectent plus un régime bétonné…
Mauritius
Times : Je suppose que le succès remporté par
l’Alliance sociale pour son meeting du 1er mai
vous a réconforté – on a pu limiter la casse malgré les
moments difficiles que connaissent les Mauriciens dans leur
quotidien, n’est-ce pas?
Cader
Sayed-Hossen :
Comment pouvez-vous parler de « limiter la casse »
quand l’Alliance sociale a mobilisé plus de 12,000
personnes à Vacoas le 1er mai dernier ?
Mobiliser une telle foule, cela ne s’appelle pas limiter
la casse. Cela s’appelle un soutien non équivoque et
indiscutable de la population au Premier ministre. Les
Mauriciens passent certes par des moments difficiles et nous
sommes nous-mêmes les premiers à le reconnaître et à le
dire publiquement. Mais nous passons beaucoup de temps à
expliquer à la nation les origines de ces difficultés et
leur nature exogène à la gouvernance nationale. Et cela,
la population le comprend très bien, car c’est une
population informée et éclairée.
Ceci
dit, la foule que notre meeting du 1er mai a
attirée était non seulement impressionnante en elle-même,
mais elle a dépassé largement en nombre la somme des
foules réunies par le MMM à Rose Hill et par le MSM à
Port Louis. La logique politicienne, la conventional
wisdom si vous voulez, surtout en période de difficultés,
veut qu’à mi-mandat l’opposition commence à prendre un
certain ascendant dans l’environnement politique.
Souvenez-vous en, en 2003 à mi-mandat du gouvernement
MSM-MMM de 2000-05, le Parti travailliste seul a battu à
plate couture l’alliance
MSM-MMM aux élections partielles de Rivière du Rempart.
Or,
que voyons-nous à mi-mandat de notre gouvernement ?
Une foule considérable et enthousiaste qui est venue clamer
son soutien au Dr Navin Ramgoolam. Comme je vous l’ai dit,
cela ne s’appelle pas limiter la casse, mais bien au
contraire, un soutien non équivoque et indiscutable au
Premier ministre. Et je vous parie déjà que nous ferons
encore mieux pour notre meeting du 1er mai 2009.
*
Cependant croiriez-vous, M. Sayed-Hossen, que cette foule
rassemblée à Vacoas constitue un désaveu des sondeurs qui
affirment que 69% des Mauriciens ne sont pas satisfaits de
la performance économique du pays ?
--
En termes de sondage et d’opinion de presse, Maurice est
un pays très particulier, comme vous le savez. Quel crédit
accorder à une presse soi-disant indépendante quand cette
presse prend de manière à peine subtile et à peine déguisée
des positions partisanes ? Quel crédit intellectuel
accorder à une presse soi-disant indépendante quand elle
clame haut et fort des prises de position qui sont purement
idéologiques, mais masquées dans un verbiage pseudo-intellectuel
et tartinées de pseudo-technique, et tout ceci
tout en prétendant qu’elle ne fait pas dans l’idéologie ?
Par
ailleurs, qu’ont sondé ces sondeurs ? La performance
économique ? Elle est plus qu’excellente, elle est démontrée
par les chiffres, elle est objective et factuelle et ne dépend
nullement ni de la perception que peut déceler un sondage
ni de l’appréciation d’un individu, aussi savant
soit-il. La qualité de la vie matérielle ? Le Premier
ministre est le premier à reconnaître que le pays passe
par des moments difficiles. What is the big deal dans
ces sondages ? Alors soyons plus directs, si ces
sondeurs voulaient dire que 69% des Mauriciens ne sont pas
satisfaits de la qualité matérielle de leur vie et
qu’ils sont, par extension, pas satisfaits du gouvernement,
ils se trompent totalement et la foule de Vacoas le 1er
mai est alors tout à fait un désaveu cinglant de leurs déductions.
De
toute façon, l’action de l’Alliance sociale et du Parti
travailliste est guidée non par des sondages et des
sondeurs, mais par les valeurs et les principes qui
sous-tendent notre action depuis plus de 70 ans et notre
soutien vient de cette grande masse de la population auprès
de laquelle nous nous sommes positionnées résolument et
sans défaillir depuis plus de 70 ans. Qu’y a-t-il
d’autre qui ait de l’importance ?
*
Vous connaissez sans doute les raisons de mécontentement
des Mauriciens. Ça va-t-il durer longtemps encore ces
moments pénibles pour les consommateurs?
--
Je vous donnerai en toute sérénité mon avis personnel. Ce
que vous appelez ces moments pénibles est surtout lié à
la cherté de la vie. Nous savons tous très bien que ce
renchérissement considérable des biens de consommation est
global et universel. Il est lié à l’augmentation du coût
de bon nombre de matières premières, dont le pétrole, le
blé, le maïs, le riz, les métaux – et en conséquence,
de nombre de produits dérivés et de produits manufacturés.
Le président de l’OPEP a déclaré cette semaine qu’il
prévoit un risque que le prix du baril de pétrole atteigne
200 dollars sous peu. Nous savons aussi que la production
alimentaire mondiale est déficitaire par rapport aux
besoins – surtout que de très gros producteurs comme les
Etats-Unis utilisent des matières premières alimentaires
pour produire non plus des aliments mais du bio-carburant.
La
somme totale de tout cela ne peut pas être positive pour
nous, qui dépendons des importations pour notre
alimentation. Elle résultera forcément en des situations où
la demande excèdera largement l’offre et en des
augmentations de prix en conséquence. Ajoutez à cela
l’augmentation mondiale du coût de l’énergie et du
fret, et voyez vous-même le résultat. Nous savons, en
outre, que nos ressources nationales ne peuvent nullement
compenser les pénuries ou remplacer des importations.
Alors,
je pense que ces moments pénibles vont continuer pendant
encore un bon bout de temps. Combien de temps ? Nul ne
peut vraiment le prédire, car nous ne contrôlons pas les
composantes du puzzle de la production et du commerce
mondial.
L’opposition
peut essayer d’avoir le beau jeu en critiquant
l’Alliance sociale pour cette situation, mais qu’on se
le dise très clairement: l’opposition n’a pas de
solution à ce problème, et si elle essaye de jouer au jeu
de l’alternative viable, ce serait de la démagogie non
seulement petite, mais surtout dangereuse.
*
Donc le
gouvernement n’y peut rien dans la situation actuelle et
il va falloir attendre la publication du PRB pour un début
de soulagement ?
--
Mais que voulez-vous que le gouvernement fasse pour faire
baisser le prix du pétrole, du riz, de la farine, du maïs,
du fer et du fret, etc., alors que nous n’avons pas un
seul puits de pétrole, pas une seule rizière, pas un seul
champ de blé, pas une seule plantation de maïs, ni de mine
de fer et ni de navire marchand ? Nous l’avons dit et
redit: nous établissons les contrôles institutionnels et régulatoires
pour éviter les dérapages mercantilistes, nous contrôlons
les prix là où c’est possible et souhaitable, nous
apportons de profondes réformes systémiques dans la
structure de l’économie pour relancer la croissance et créer
des emplois et les résultats sont déjà là, nous prenons
des mesures draconiennes pour assurer la protection des plus
vulnérables d’entre nous, nous créons les conditions
pour que la nation puisse faire face à la vie chère.
Encore une fois, l’Opposition n’est nullement une
alternative viable et ses propositions ne peuvent qu’être
de la démagogie.
La
publication du PRB sera certainement un soulagement dans la
mesure où celui-ci sera, comme il l’a toujours été, un
ré-alignement des conditions de travail sur la valeur du
travail et le coût de la vie.
*
C’est connu que certains de vos amis au sein du
gouvernement sont contre le contrôle des prix, mais
estimez-vous que la State Trading Corporation est en train
de remplir son rôle efficacement pour la protection des
gens moins fortunés tout en assurant un équilibre sur le
marché local ?
--
La State Trading Corporation a bon dos, comme le disent les
Français. Il est devenu de bon ton dans un certain milieu
bien pensant et qui se croit détenteur de toutes les vérités
de mettre tous les déboires sur le dos de la State Trading
Corporation. Ces mêmes détenteurs de la sublime vérité
ont tapé sur la STC pour le lait Amul, et ont ensuite
demandé, quand le lait est venu à manquer, pour quelles
raisons la STC n’importait pas de lait ; ils ont tapé
sur la STC à propos de la farine en provenance de la Chine,
et crient maintenant contre la qualité de la farine importée
d’ailleurs. Ces mêmes détenteurs de la sublime vérité
ont poussé de tels cris d’alarme que la population en est
arrivée à ne pas faire confiance au lait Amul, et a hurlé
d’horreur rien qu’à
la perspective de consommer de la farine chinoise, même
si cette même population consomme gaiement du ghee indien,
du daal indien et du riz chinois et plein d’autres choses
chinoises. Où est la logique de telles prises de position ?
Où en est la rationalité ? Il n’y en a pas.
Le
rôle de la STC n’a jamais été d’assurer un équilibre
sur le marché local. Le rôle de la STC est d’assurer
notre approvisionnement en des denrées et des matières
dites stratégiques, dont l’essence, le mazout, le gaz, le
riz ration, la farine, l’huile, le ciment, etc. Cela fait
très longtemps que notre modèle économique basé sur
l’initiative privée s’est imposé. Et le commerce a
toujours été une affaire privée, une affaire de marché.
Mais, les intérêts commerciaux privés et les faiseurs
d’opinion ne peuvent pas jouer sur les deux tableaux à la
fois, en criant au scandale contre l’ingérence de la STC
quand les affaires sont bonnes pour le secteur privé, quand
le soleil brille, et de venir dire, quand le soleil ne
brille plus, que c’est du ressort de la STC
d’approvisionner le pays en toutes sortes de produits.
A
ce train, si demain le marché manque de poutou ou de
mourkou, on viendra dire que c’est la STC qui en est
responsable en n’ayant pas fait de prévision adéquate de
la consommation de poutou et de mourkou.
*
Les consultations pré-budgétaires vont débuter
incessamment, et vous vous attendez sans doute à ce que le
ministre des Finances fasse preuve de moins de rigidité
dans l’élaboration des mesures budgétaires, n’est-ce
pas ? Ou pensez-vous que c’est trop tôt pour
‘largue ceinture’ ?
--
La première question, il faut la poser au Ministre des
Finances. Quant à la seconde question, permettez moi de répondre
par une autre question: y a-t-il eu vraiment de « serre
ceinture » pendant ces trois dernières années ?
Attention, je ne dis pas qu’il n’y ait pas eu de problème.
J’ai dit plus tôt que le Premier ministre est le premier
à reconnaître les difficultés auxquelles la population
est confrontée. Mais, il n’y a pas eu de politique de
restreindre les dépenses de l’Etat visant à alléger le
fardeau de la population.
Bien
au contraire, le gouvernement de l’Alliance sociale a
introduit le transport gratuit pour les écoliers, collégiens
et étudiants ainsi que pour les personnes du troisième âge
et les handicapés, a presque doublé les subventions et les
subsides pour pallier les augmentations de prix d’origine
du pétrole, du riz, de la farine, de l’huile et du gaz, a
considérablement augmenté les budgets de la santé
gratuite, de l’éducation gratuite, de la sécurité
sociale qui apporte une protection indispensable aux moins
favorisés d’entre nous. Vous appelez cela « serre
ceinture » ?
L’histoire
le retiendra et l’honorera: le gouvernement de
l’Alliance sociale a réalisé la tâche colossale
d’avoir remis sur les rails une économie qui avait été
dévastée par le précédent gouvernement MSM-MMM,
d’avoir remis le pays à flot, d’avoir restauré la
confiance des investisseurs, d’avoir enclenché des réformes
profondes dans la structure économique pour faire face aux
défis à venir, et d’avoir en même temps protégé la
population, y compris les plus vulnérables, tout cela dans
un climat économique international très difficile et
presque imprévisible.
*
Les syndicalistes eux réclament l’abolition de la NRPT et
la taxe sur les intérêts bancaires, chose promise déjà
par l’opposition lorsqu’elle se retrouvera au pouvoir,
dit-elle. Les syndicalistes ont, sans doute, raison,
n’est-ce pas?
--
N’oubliez pas que Paul Bérenger était encore Premier
ministre et Pravind Jugnauth ministre des Finances quand ils
ont annoncé dans leur Budget 2005-2006, qu’ils ont présenté
en avril 2005, deux mois avant les élections générales,
qu’ils allaient faire de Maurice un « no tax
island ». N’oubliez pas non plus que le MMM
promet depuis 30 ans de passer un Equal Opportunities
Bill. N’oubliez pas le burlesque de leur Competition
Bill. Alors, vous savez, les choses promises par
l’opposition… parlons plutôt de choses sérieuses.
Bien
sûr, les syndicalistes pensent qu’ils ont raison de réclamer
l’abolition de la NRPT et de la taxe sur les intérêts
bancaires. Le contraire aurait été étonnant. C’est leur
responsabilité, leur job et leur mandat de faire des
revendications qu’ils pensent être au profit de leurs
membres et de leur corporation. Mais, vous savez que les
syndicats et le gouvernement, quel qu’il soit, n’ont pas
les mêmes finalités. C’est justement le MMM qui s’est
complètement fourvoyé en s’étant toujours appuyé sur
les syndicats pour arriver au pouvoir et en les abandonnant
totalement une fois au pouvoir. N’oubliez pas que Paul Bérenger,
quand il était ministre des Finances, n’a jamais participé,
pas une seule fois, aux négociations tripartites.
Oui,
les syndicats ont raison de faire leur travail. Le
gouvernement de l’Alliance sociale a aussi raison de faire
porter le fardeau fiscal équitablement par les différentes
catégories de contribuables. D’une part, la NRPT et la
taxe sur les intérêts bancaires ont joué un rôle
compensatoire, ce qui a permis d’exclure du filet fiscal
des dizaines de milliers de travailleurs et d’employés de
la classe moyenne, qui payaient des impôts avant 2006 et
qui n’en paient plus maintenant. Ces taxes, la NRPT et la
taxe sur les intérêts bancaires, touchent surtout les
riches, et il est normal que les riches paient des impôts.
C’est ce que j’appelle une répartition équitable du
fardeau fiscal.
Alors,
a word of caution à mes amis syndicalistes: réclamer
l’abolition de la NRPT et de la taxe sur les intérêts
bancaires, ce n’est pas forcément défendre les intérêts
des travailleurs, mais ceux des gens fortunés, des patrons
si vous voulez. Mais à eux de définir leurs vraies priorités.
*
L’appréciation de la roupie fait toujours débat, et
certains exportateurs dans le secteur textile font appel à
plus de considération de la part du gouvernement par la
voix de Georges Chung Tick Kan, qui affirme que « l’appréciation
de la roupie ne fait que rabaisser fortuitement les prix à
l’importation de manière temporaire et en trop faire
usage tuera tout simplement la vie économique des
exportations ». Etes-vous satisfait de la gestion de
la politique du taux de change de la Banque centrale ?
--
Comme très souvent, par ailleurs, nous voici jouant au jeu
de « pile je gagne, face tu perds ». Sachez
aussi que, il n’y a pas très longtemps, un baron sucrier,
aussi baron de pas mal d’autres choses, disait le plus sérieusement
du monde au cours d’une grande réunion à
la Banque centrale que la Banque centrale devait absolument
adopter une politique de dépréciation systématique de la
roupie (en proposant même un quantum de dépréciation)
chaque année afin de compenser la hausse des coûts de
production du sucre… Et par ailleurs, les institutions du
secteur privé telles que le Joint Economic Council réclament
le level playing field, whatever that means, et dénoncent
l’intervention de l’Etat dans le fonctionnement de l’économie.
Alors, which is which ?
La
Banque centrale est une institution indépendante du
gouvernement, dirigée par une équipe compétente, avec à
sa tête, un Gouverneur compétent. L’orientation générale
de notre politique monétaire, depuis quelque temps, a été
de laisser jouer le marché. L’excellente performance de
notre économie depuis deux ans a entraîné une appréciation
de notre monnaie, surtout par rapport au dollar américain,
qui s’est trouvé affaibli pour diverses raisons. Une
politique monétaire ne peut pas être décidée ni orientée
par des considérations à
sens unique, c.à.d. ou seulement pour renforcer la compétitivité
de nos exportations ou uniquement pour maintenir le pouvoir
d’achat local dans un pays fortement dépendant
d’importations comme le nôtre.
La
remarque de mon ami Georges Chung laisse supposer que
l’appréciation de la roupie est fortuite, donc presque
artificielle. Faux. Il déclare que c’est temporaire.
Georges Chung ne peut pas lire dans une boule de cristal, et
moi non plus. Il parle aussi de « trop en faire usage »,
ce qui laisse supposer une intention délibérée de
politique d’appréciation de la roupie, indépendamment de
la performance générale de l’économie. Faux encore.
Evidemment,
la Banque centrale ne pourra pas laisser totalement libre
cours au marché et laisser dériver la roupie, dans un sens
ou un autre. Il ne peut être question ni de roupie forte ni
de roupie faible, mais d’équilibre entre les différentes
obligations – celle d’assurer la compétitivité de nos
exportations comme celle d’assurer que les prix des
produits importés ne dépassent pas le seuil du tolérable.
Et là, la Banque centrale
a un rôle et un devoir d’intervention qu’elle assumera
certainement quand elle le jugera opportun.
*
On a parlé au début de la performance de l’Alliance
sociale lors du rassemblement du 1er mai.
L’opposition a aussi démontré qu’elle peut, malgré
ses divisions, être efficace. Quelle opinion faites-vous de
la force des principales formations politiques sur l’échiquier
après ce 1er mai ?
--
Comme vous le dites, nous en avons parlé au début de notre
entretien. Si l’opposition a aussi su être efficace ?
Mais là n’est pas la question. La vraie question porte
sur le degré de satisfaction ou d’insatisfaction de la
nation vis-à-vis du gouvernement au pouvoir, c-à-d.
l’Alliance sociale. Comme je vous l’ai dit, nous avons
attiré à Vacoas, une foule plus nombreuse que les foules
du MMM et du MSM réunies. Ceci démontre de manière éclatante
que la nation fait confiance à Navin Ramgoolam –
en dépit des difficultés de la vie, que reconnaît par
ailleurs le Premier ministre, comme je l’ai aussi dit.
Dans
n’importe quel autre cas de figure, l’opposition aurait
dû faire un score beaucoup plus important. Mais il est
clair que la nation réitère sa confiance en Navin
Ramgoolam, que l’Alliance sociale reste solidement aux
commandes et que le Parti travailliste reste de loin le plus
grand parti politique du pays.
*
Pravind Jugnauth, comme vous le savez, semble avoir apporté
une modification majeure dans son option premier ministérielle :
ce n’est plus le poste de Premier ministre qui compte,
mais l’élément de confiance qui doit primer dans tout
partenariat. Se rapproche-t-il maintenant des conditions de
l’Alliance sociale ?
--
En effet, Pravind Jugnauth place sa propre barre moins haut
et semble ainsi être beaucoup plus raisonnable.
L’assouplissement de sa position est évidemment très intéressant
à observer politiquement et tout politologue se ferait une
joie de disséquer la manœuvre et d’essayer d’en déduire
les causes et l’issue. Je ne sais pas s’il se rapproche
des conditions de l’Alliance sociale, mais il se rapproche
certainement des conditions pour une alliance.
*
Avec qui ?
--
L’avenir nous le dira.
*
Pravind Jugnauth parle aussi du retour du « guide
spirituel » en la personne de Sir Anerood dans le
giron politique, du moins dans celui du MSM, pour bientôt.
Quel effet cet éventuel retour aura-t-il sur les équations
politiques, selon vous ?
--
Sir Anerood est certainement un monstre sacré de la scène
politique nationale, une figure politique d’importance
historique et capitale. Mais puisque vous parlez d’équation
politique, parlons donc de politique. Qu’on le veuille ou
pas, sir Anerood, sans être totalement un has been,
n’est plus la même bête politique qu’il a été dans
les années 1980 et 1990. En devenant Premier ministre en
2000, il a pratiquement abdiqué alors même, laissant déjà
à Paul Bérenger l’initiative de décider des
orientations gouvernementales de son gouvernement, alors que
celui-ci n’était que ministre des Finances. C’est ce
qui a permis les dérives ultra-libérales que nous avons
vues entre 2000 et 2005. Malgré tout son poids politique,
il n’a pu empêcher la débâcle du candidat MSM aux élections
partielles de Rivière du Rempart en 2003, quand il a démissionné
pour devenir Président de la République. La dignité
d’Etat ne lui permettra probablement pas de faire de la
politique active après avoir été Président de la République,
et, si toutefois, il refait de la politique active, il se
cantonnera vraisemblablement dans un rôle d’éminence
grise. Alors, en quoi voulez-vous que cela affecte la donne
politique dans un environnement où la vedette absolue
est Navin Ramgoolam ? En termes clairs, l’effet d’un
retour de sir Anerood en politique active sera insignifiant.
Sauf que cela le fatiguera inutilement.
Et
vous avez lu les déclarations du MMM sur sa prochaine winning
formula ? Cette winning formula, après
avoir été une litanie de diverses décoctions composées,
dans des proportions variées,
des Alan Ganoo, Jayen Cutaree, Alan Ganoo, Sam
Lauthan, Madun Dulloo, Ashock Jugnauth et autres, Ramjuttun
aussi ayant essayé d’y placer provisoirement son
portrait, est maintenant Paul Bérenger à lui tout seul.
Alors,
la seule alternative que présente l’opposition à Navin
Ramgoolam est une non-alternative qui se nomme Paul Bérenger.
*
Le Père Grégoire a réussi son pari pour le 1er mai. Paul
Bérenger disait que c’était le « cheval de Troie »
de l’Alliance sociale; maintenant il dit son accord avec
les revendications de Jocelyn Grégoire. Que décodez-vous
dans ce changement de position du leader du MMM?
--
Paul Bérenger est un homme tellement imprévisible. Il a
toujours sauté sur tous les bandwagons, surtout de
nature communale, où il a pensé pouvoir trouver un
avantage politique. Alors, son changement de position ne
m’étonne nullement. La stratégie de communalisme dit
scientifique de Paul Bérenger (en langage moderne et
simple, on dirait sa stratégie d’essayer de tirer des bénéfices
politiques des moindres divisions et fragmentations de la
société mauricienne) ne lui permet pas de se mettre à dos
un groupement, un mouvement, somme toute, assez important,
de revendication créole – une communauté dont il puise
l’essentiel de sa force électorale, disons le, sans
fausse pudeur.
Comme
Paul Bérenger s’est proclamé depuis longtemps, et
souhaite être perçu comme tel, le défenseur et le représentant
politique unique et légitime de la communauté créole (comme
il a aussi voulu l’être par rapport à la communauté
musulmane, jusqu’ à sa déconvenue finale), il ne pouvait
pas, au départ, accepter la concurrence au sein de la
communauté créole que représentait le Père Grégoire. Le
Père Grégoire vient chasser sur son territoire et son
premier réflexe a été d’en chasser l’intrus. Mais,
malheureusement pour lui, l’intrus Père Grégoire n’est
pas un homme qu’on abat facilement. Alors, if you
cannot beat them, join
them. N’ayant pu discréditer le Père Grégoire,
et compte tenu que le Père Grégoire a une crédibilité
certaine auprès de ladite communauté créole, à en juger,
entre autres par la foule qu’il a attirée le 1er
mai, cela aurait été suicidaire pour Paul Bérenger de
continuer à s’opposer au Père Grégoire. Alors, il
essaie de récupérer le mouvement grégoiriste en faisant
siennes les revendications du prêtre.
*
Est-ce que ces revendications du Père Grégoire vous
rendent mal à l’aise, surtout en ce qui concerne la
question de quota dans l’emploi dans le service public et
l’utilisation du créole comme médium d’enseignement?
--
Laissez-moi commencer par le créole. Le créole est déjà
largement utilisé comme medium d’enseignement secondaire,
dans le sens où, très souvent, les side-explanations
dans les cours, surtout au niveau du primaire, sont données
en créole. Cela facilite la compréhension des matières
par nombre d’enfants en bas âge. Mais de là à en faire
un medium d’enseignement, ce serait un suicide académique
et une fantaisie coûteuse. Le créole est une langue
culturelle et de communication largement orale dont nous
sommes tous héritiers et tous fiers. Mais, elle n’est
pas, du moins pas encore, une langue académique,
conceptuelle et analytique. Dites-moi seulement comment écrire
en créole la description d’une réaction chimique entre
un métal et un acide… En plus, maîtriser les concepts
scientifiques ou économiques ou d’affaires en créole et
non plus en anglais ou en français sera non seulement
difficile, mais, en outre, ne fera que nous placer dans un
ghetto géographico-intellectuel et ne nous offrira aucune
possibilité d’ouverture sur le monde. Alors que le monde
s’ouvre, souhaitons-nous vraiment nous renfermer dans une
coquille culturelle au seul nom de la mémoire ?
En
ce qui concerne les quotas, on ne peut pas être un ardent défenseur
de la méritocratie et de l’obligation de l’Etat et de
la société civile à offrir des opportunités égales à
tous, sans considération de race, de religion, de couleur
et d’appartenance ethnique, comme je le suis, et être en
même temps pour un système de quotas. Je suis contre les
quotas et préfère nettement la position du Père Grégoire
quand il a déclaré au Champ de Mars, il y a de cela
quelque temps, que le meilleur créneau de promotion sociale
pour les créoles, comme pour tout le monde d’ailleurs,
est l’éducation. C’est l’éducation qui a permis à
une grande partie de nos compatriotes de sortir des champs
de canne et de travailler dans la fonction publique,
d’obtenir des emplois de management dans le secteur privé,
de siéger au Parlement, de devenir avocats, juges,
diplomates, médecins, ingénieurs etc – tout cela en
l’espace d’une génération. Il s’agit là surtout des
Mauriciens d’origine asiatique. Ce qui a marché pour ces
Mauriciens-là peut aussi marcher pour tout le monde.
Cependant,
offrir des opportunités égales à tout le monde quand il y
a déjà au départ un déséquilibre majeur entre groupes
et catégories sociaux ne représente pas une solution.
Certaines catégories sociales, dont la communauté créole,
ont accusé malheureusement un retard au niveau de l’éducation
et de la formation et nul gouvernement ne peut ni
l’ignorer ni en faire abstraction. Le devoir de tout
gouvernement est non seulement d’assurer la méritocratie,
mais aussi d’attaquer par des actions et des programmes spécifiques
et focalisés tout déséquilibre, tout dysfonctionnement du
système de distribution de ressources publiques, dont
l’accès à l’éducation et à la formation, les emplois,
la protection sociale etc.
Mais
demander un système de quotas pour pallier les déséquilibres
ne résout nullement le problème. Il y a plutôt un très
gros effort à faire en ce qui concerne la mise en place de
stratégies spécifiques pour activer l’intégration de
l’éducation par et la promotion sociale et économique
des groupes sociaux défavorisés, dont un nombre important
de personnes de la communauté créole.
*
Comment ? Par le ciblage par exemple ?
--
Certainement pas. Je me suis déjà exprimé sur cette
question, même si ce n’était pas dans votre journal. La
politique sociale de l’Etat mauricien, dont font partie la
santé gratuite, l’éducation gratuite, la sécurité
sociale et les subsides divers constitue non seulement une
protection sociale, mais est aussi une forme déguisée de income
support, largement nécessaire dans un pays comme le nôtre,
où tout le monde s’accorde à dire que le niveau des
salaires est dramatiquement bas. Mais ceci est un autre débat
en lui-même.
Nous
souffrons trop à Maurice de la maladie de la langue de bois
et de la fausse pudeur. Tout comme, s’il faut s’attaquer
à la pauvreté, il faut des actions spécifiques visant spécifiquement
à diminuer et éventuellement à éradiquer la pauvreté,
toute tentative de sortir une catégorie sociale spécifique
d’une situation de déséquilibre social et économique
doit spell out les données du problème spécifique,
même, si cela est nécessaire avec des mots qui font mal,
et intégrer dans l’action sociale non seulement l’Etat,
mais aussi les groupes sociaux, religieux, culturels ainsi
que le secteur privé. Ceci est vrai pour la promotion
sociale de la communauté créole tout comme pour celle de
n’importe quel autre groupe.
« Si
toutefois, SAJ refait de la politique active, il se
cantonnera vraisemblablement dans un rôle d’éminence
grise. Alors, en quoi voulez-vous que cela affecte la donne
politique dans un environnement où la vedette absolue
est Navin Ramgoolam ? En termes clairs, l’effet d’un
retour de sir Anerood en politique active sera insignifiant.
Sauf que cela le fatiguera inutilement… »
« A
word of caution à mes amis syndicalistes: réclamer
l’abolition de la NRPT et de la taxe sur les intérêts
bancaires, ce n’est pas forcément défendre les intérêts
des travailleurs, mais ceux des gens fortunés, des patrons
si vous voulez. Mais à eux de définir leurs vraies priorités… »
« Les
Mauriciens passent certes par des moments difficiles et nous
sommes nous-mêmes les premiers à le reconnaître et à le
dire publiquement. Mais nous passons beaucoup de temps à
expliquer à la nation les origines de ces difficultés et
leur nature exogène à la gouvernance nationale. Et cela,
la population le comprend très bien, car c’est une
population informée et éclairée… »
« Sir
Anerood est certainement un monstre sacré de la scène
politique nationale, une figure politique d’importance
historique et capitale. Mais puisque vous parlez d’équation
politique, parlons donc de politique. Qu’on le veuille ou
pas, sir Anerood, sans être totalement un has been,
n’est plus la même bête politique qu’il a été dans
les années 1980 et 1990… »
« Ces
moments pénibles vont continuer pendant encore un bon bout
de temps. Combien de temps ? Nul ne peut vraiment le prédire,
car nous ne contrôlons pas les composantes du puzzle de la
production et du commerce mondial. L’opposition peut
essayer d’avoir le beau jeu en critiquant l’Alliance
sociale pour cette situation, mais qu’on se le dise très
clairement: l’opposition n’a pas de solution à ce problème… »
« Pravind
Jugnauth place sa propre barre moins haut et semble ainsi être
beaucoup plus raisonnable. L’assouplissement de sa
position est évidemment très intéressant à observer
politiquement et tout politologue se ferait une joie de disséquer
la manœuvre et d’essayer d’en déduire les causes et
l’issue. Je ne sais pas s’il se rapproche des conditions
de l’Alliance sociale, mais il se rapproche certainement
des conditions pour une alliance… »
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